Taxe santé, baisse d’impôts, Fonds vert

Le gouvernement Couillard se propose d’abolir la taxe santé avant de diminuer les impôts. La Coalition Avenir Québec, elle, propose de diminuer de 500 $ les impôts des particuliers gagnant moins de 150 000 $. Le manque à gagner pour le gouvernement? 1,75 milliards $. De son côté, le PQ ne croit pas qu’une baisse d’impôts aura un « effet réel » sur l’économie. Voilà. Les positions sont claires dont celle du gouvernement décrite dans le tableau plus bas.

Avec les libéraux, en 2019-20, c’est donc 744 millions $ que les contribuables n’auront plus à payer pour ce que l’on a joliment nommé « contribution santé ». Ce faisant, le gouvernement Couillard effacera une taxe créée par un gouvernement libéral précédent. Une bonne affaire.

Trop peu trop lentement, me direz-vous? Fort probable. Le gouvernement peine à laisser aller de ses revenus dans un contexte démographique plus exigeant (coûts santé+++) et un climat économique disons-le, plus qu’incertain. Et puis, avec la généreuse offre conclue avec le secteur public, la marge de manoeuvre pour diminuer le fardeau fiscal des particuliers et des entreprises en a pris un coup. Ça coûte cher, acheter la paix…

D’un côté, on va donc diminuer très très progressivement la taxe santé pour augmenter de l’autre, une taxe sur le carbone qui rapportera 3 milliards $ (!!!) d’ici 2020. Un autre joli mot pour faire passer la pilule: un « Fonds vert », ou plutôt « ouvert » comme le décrit justement Mario Dumont dans sa chronique d’aujourd’hui.

Pour ceux qui ont écouté les débats des chefs lors de la dernière campagne fédérale, je vous rappellerais une phrase de l’ancien premier ministre Harper:

A carbon tax is not about reducing emissions. IT IS A FRONT. It is about getting revenue for governments that cannot control their expenses.

« Une taxe sur le carbone n’a rien à voir avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’EST UN LEURRE. Une taxe sur le carbone n’est qu’un moyen pour un gouvernement qui est incapable de contrôler ses dépenses, d’aller chercher plus de revenus. »

Avec le travail des gens du Journal ces temps-ci (voir les liens plus bas), on est obligé de dire que Harper avait bien raison. Sacré bon boulot du Journal, si vous voulez mon avis.

Où j’en suis

Alors voici où j’en suis:

  1. La taxe santé est véritablement un impôt progressif qui s’ajoute au fardeau fiscal. Cette taxe devait être temporaire. Sur une abolition de la taxe santé avant une baisse des impôts, je suis dans le camp du gouvernement là-dessus, même si j’aurais préféré que son abolition se fasse plus rapidement et que je trouve inadmissible qu’on ait projeté la dernière tranche de l’abolition de la taxe en 2019-20, une année qui déborde du mandat libéral.
  2. Pourquoi je préfère abolir la taxe santé plutôt que de diminuer les impôts si je suis obligée de choisir entre les deux options? Tout simplement parce que l’abolition de la taxe santé touche précisément les gens qui la paient, alors qu’une diminution des impôts revient souvent à baisser les impôts de ceux qui en paient peu, quand ce n’est pas un artifice pour en distribuer davantage à ceux qui n’en paient pas du tout. À preuve, les « diminutions d’impôts » du ministre Séguin (de Charest) et les propositions de diminutions des impôts proposées par Luc Godbout qui augmenteraient de 500 000 le nombre de contribuables qui ne paieraient plus aucun impôt. (mon blogue ici). C’est vraiment pas drôle quand on est rendus à se méfier d’une annonce de baisse d’impôts… Mais j’en suis là.
  3. À choisir entre diminuer les impôts des particuliers et diminuer les taxes sur la masse salariale des entreprises, je choisirais d’alléger le fardeau fiscal des entreprises. Je comprends l’idée de la CAQ qui est celle de dire que l’économie repose sur la consommation des individus mais je ne suis juste pas certaine qu’il ne serait pas préférable de faire du Québec un espèce de simili-paradis fiscal pour attirer plus d’entreprises ici au Québec. Pour créer de la richesse, il faut attirer des entreprises, idéalement autonomes et indépendantes de la mamelle étatique. Là-dessus, donc, je m’interroge encore.
  4. Chose certaine, le fardeau fiscal des particuliers est grandement dû à la dépendance des citoyens envers l’État: garderies, droits de scolarité ridiculement peu élevés, etc. Vous voulez un « modèle québécois »? Payez pour!
  5. Le problème du Fonds vert n’est pas l’utilisation du fonds vert ni sa gestion. Le problème du Fonds vert, c’est l’existence même du Fonds vert et je suis nettement dans le camp de ceux qui croient qu’il ne s’agit que d’un artifice pour augmenter les revenus du gouvernement, tout cela sous le couvert d’un discours vertueux.

Après avoir fait de la Caisse de dépôt le concepteur, planificateur, financier, propriétaire et maître d’oeuvre d’importants projets d’infrastructure (la limite d’emprunt du Québec est surveillée), le gouvernement du Québec a quand même trouvé le moyen de sournoisement confisquer davantage d’argent chez les contribuables, cette fois-ci, pour assouvir la lubie du moment: la transformation supposée de l’économie, la 4e révolution industrielle numérique.

Pendant ce temps, le message envoyé ces dernières années aux investisseurs étrangers est clair: Québec is Closed for Business. Après Strateco qui poursuit le gouvernement du Québec, on anticipe maintenant des poursuite de Pétrolia. Comprenez-moi bien. Je n’aime pas que le gouvernement prenne l’argent des contribuables pour investir dans des secteurs de l’économie extrêmement volatiles et risqués. Cela dit, si on a déjà engagé le Québec pour connaître la nature du sous-sol d’Anticosti, on ne parle pas d’exploitation ici. On ne parle que d’une phase qui nous fournira des données probantes. N’était-ce pas là une orientation du gouvernement? De prendre des décisions à partir de données probantes?  Plutôt que sur des émotions et une idéologie de grands salons?

Le premier ministre Couillard n’aime pas que l’on parle du déclin économique du Québec. Il faudrait peut-être qu’il s’assure que son empressement à étouffer les Québécois de bonnes intentions et de taxes vertes ne soit pas à la source de ce déclin.

Enfin, je vous conseille d’écouter la chronique de Jean Lapierre ce matin à l’émission de Paul Arcand.

La morale de l’histoire?

  • Le Québec délaisse sa responsabilité de financer et d’être le maître-d’oeuvre de projets d’infrastructure tandis qu’il continue tout de même de taxer les citoyens à coups de « taxes vertes » qu’il distribue à tous vents.
  • Le gouvernement du Québec veut faire prendre le virage d’une 4e révolution industrielle mais le fait maladroitement, trop émotivement, et de façon trop empressée. Le résultat: un message qui rebute les investisseurs et qui affiche « Closed for business ».
  • Enfin, pour ce qui est des baisses d’impôts, le gouvernement a échoué. Ni la Commission de révision des programmes, ni la Commission de révision de la fiscalité n’ont produit des résultats qui produiraient une refonte de l’État et des façons de financer/produire des services dits « publics ». Le modèle québécois est donc loin d’être à l’agonie puisqu’il existera toujours des moyens d’ajouter aux revenus du gouvernement, la dernière instance étant le merveilleux « Fonds ouvert ».

Lire aussi: L’argent du Fonds vert gaspillé, Le Fonds vert de M. Bean, La Vérificatrice générale critique la gestion gouvernementale du Fonds vert, Le Fonds vert détourné,

TaxeSanté

Source: Renseignements additionnels 2015-16, p. A6

 

 

17 réflexions sur “Taxe santé, baisse d’impôts, Fonds vert

  1. Nous n’en sortirons jamais tant qu’il n’y aura pas une révolution aussi radicale qu’a pu l’être la révolution tranquille mais qui au contraire recentrerait les missions de l’état. Sinon, à coups de « baisses de taxes et d’impôts » le contribuable finit toujours avec moins d’argent dans les poches. On n’a pas finit non plus de voir nos RO-NA affaiblis par notre fiscalité excessive, se faire acheter par des concurrents. Et ce n’est pas PKP qui a maintenu et grossi son empire en bénéficiant largement des fonds publics qui va me rassurer.

    • « Sinon, à coups de « baisses de taxes et d’impôts » le contribuable finit toujours avec moins d’argent dans les poches. » J’aurais aimé pensé à cette formulation.😉

  2. Ouais! guère encourageant!

    Au Québec, plus ça change, plus c’est pareil!

    Et le pire c’est qu’il n’y ait aucune lumière au bout du tunnel.

    La politique et les beaux principes ne font pas bon ménage!

    Mario Dumont, par exemple, amène des pistes de solution qui sautent aux yeux.. cette belle lucidité il se permet de l’exprimer en tant que chroniqueur mais elle aura été malmenée en tant que chef de l’ADQ..

    Il a lui aussi échoué à imposer sa vision sous la pression du système québécois, de ce modèle indélogeable en raison de la fierté nationale qui y est accolée.. l’émotion qui l’emporte sur la raison

    François Legault en est un autre exemple..

    Le travail des gens du Journal dans ce temps-ci est en effet à souligner… on peut se demander par contre si le PQ était au pouvoir ils s’activeraient tout autant! (dur, dur de se défaire d’un esprit tordu! (clin d’œil))

  3. Dans leur inconscience collective, les québécois ne se rendent pas compte que la taxe santé n’aura été qu’une astuce pour financer une fraction des grossières augmentations de salaire que les libéraux ont octroyées aux médecins.

    Les libéraux ne diminueront pas les impôts des entreprises pour la simple et bonne raison qu’ils préfèrent « aider » les entreprises en les subventionnant. L’interventionnisme est à la base de leur ADN économique, ce qui est contraire au libre marché. Toujours surprenant que peu de québécois réalisent ce fait, préférant se bercer d’illusions (voir le trio économique).

  4. Hugo, quel parti au Québec n’a pas l’interventionnisme à la base de leur ADN économique??

    La CAQ de François Legault? La droite au Québec et son virage nationaliste nous fait reculer 10 années en arrière.. (Antagoniste.net)

    Nationalisme économjque = interventiionnisme

    Je vous invite à suivre antagoniste.net Facebook… on y retrouve des sujets de discussion des plus éclairants… (pas besoin d’être un ami Facebook)

    Joanne et Antagoniste ont une bonne longueur d’avance sur tous les autres analystes.. on sent chez eux une conscience sociale qui dépasse la partisannerie dont la majorité d’entre nous avons de la difficulté à nous distancer….

  5. Joanne, de quoi ont peur les journalistes? Pourquoi ne fouillent-ils pas plus le dossier Anticosti?

    Comme le dit « Antagoniste », Couillard abandonne Anticosti pour les mauvaises raisons (vert) mais se dit content qu’on cesse de subventionner ce projet.

    J’ai trouvé deux articles qui méritent d’être consultés:

    1) Pétrole – Québec.. « Pas encore pompé, le pétrole québécois déjà dans des barils étrangers » Huffington Post 21 mai 2014..

    2) « Maurel & Prom ou le faux-nez de Total » Richard Le Hir 3 août 2013

    On sait bien Le Hir!!.. mais les informations qu’ils donnent sur Jean François Hénin sont vérifiables..

    « Le nouveau partenaire de Pétrolia est donc un « baroudeur » recyclé dans les opérations financières clandestines, spécialiste de la mise sur pied de société-écran. »

    Et si les dessous d’Anticosti et de la Cimenterie Daniel (Bombardier/Beaudoin) étaient le fait des mêmes stratèges de la Haute finance??

    Je trouve quelque peu étrange le consensus sur Anticosti.. même Lysiane Gagnon!!

    Se pourrait-il que le virage vert de Couillard n’ait pas l’heur de plaire…. à ces grands stratèges?

    Bizarre tout de même que le PQ de Pauline se soit aussi fait complice de ces projets!!

    Il est à parier qu’Anticosti n’a pas fini de faire parler… mais pas pour les bonnes raisons.. « Il faut sauver le projet » peu importe comment il aura été monté.. »

    • Hélène: Ce n’est pas tant le virage Anticosti qui est critiqué chez Philippe Couillard. C’est dans le fait qu’il renie des ententes signées et envoie un message aux gens d’affaires que Québec est confus en matière de développement des ressources naturelles. On croyait qu’on en avait fini avec le PQ de ce genre de comportement. Il y a en effet consensus: chez les libéraux, les gens d’affaires, les chroniqueurs qui croient (encore) à une société de droits.

  6. Je ne peux m’empêcher d’éprouver un malaise quand nos gouvernement s’associent à des entreprises voyou.

    Et dans ce sens, je pense que de casser un contrat signé avec un partenaire de mauvaise réputation pourrait ne pas avoir les impacts aussi négatifs que ce n’aura été le cas lors de l’abandon brutal de l »entreprise privée exploitant l’uranium qui a perdu 200 millions sous le PQ..

    Si par contre, Couillard fait une croix sur toute exploitation de pétrole, tell le gisement old Harry, par exemple, là ce sera une autre histoire. On n’en est pas encore rendu là!

    Son intention est de diminuer « progressivement » notre dépendance au pétrole.. On verra!

    Et si en 2018 un PLQ réélu dit « oui » à Énergie est et qu’Hydro vend ses surplus à l’Ontario et au Manitoba, la crainte qui peut paraître justifiée à ce moment-ci de voir les investisseurs fuir le Québec, ne serait plus fondée..

    « Pourquoi les gens qui voulaient déchirer le contrat de Port Daniel sont pour Anticosti? Ces deux projets sont des fiascos subventionnés » (Antagoniste)

    Et qu’en pense Adrien Pouliot?? Que devient la droite au Québec?

    Le comble de l’ironie c’est de voir Couillard être qualifié de libertarien!!!

    Vous savez Joanne, avec mon esprit tordu, je doute que ce qui fait consensus soit exclusivement une croyance en une société de droits ..

    • Joanne, aucune surprise là. La Presse (éditorial) va toujours défendre l’indéfendable pour protéger le PLQ. Être complaisant avec le PLQ est le principal critère pour être éditorialiste dans ce journal. Regardez juste Dubuc qui se contorsionne dans tous les sens pour éviter de critiquer Couillard.

    • Hugo: Je ne faisais pas référence à Paul Journet. Au contraire, cet article critique son approche. L’avez-vous lu? Je faisais allusion aux gens qui ont des préjugés favorables ou défavorables envers un parti, simplement parce qu’il s’agit d’un parti ou d’un autre. De mon côté, je tente vraiment de répartir le crédit (ou les critiques) selon les positions et de faire abstraction de la partisanerie. Ces temps-ci, c’est clair que le PLQ a de la misère. En fait, ce n’est pas le PLQ qui a de la misère. C’est son chef. Coiteux a réussi le déficit zéro, Moreau a réussi le projet de loi #3, Barrette bouleverse le système de santé mais il reste à voir les résultats. En leur défaveur: l’éducation, projet de loi 59, loi sur l’enregistrement des armes à feu, cimenterie et tout ce qui se rapporte au virage vert incluant le Fonds vert et Anticosti.

  7. Coiteux s’est fait rouler dans la farine par les syndicats. Et on est toujours les plus taxés au pays. Si c’est être performant, il a oublié ce qu’il pronait avant de devenir politicien.

    En santé, le seul résultat concret est que nos médecins sont maintenant les mieux payés au pays (quand on tient compte du nombre d’heures travaillées). Pas fort non plus.

    Vous pouvez mettre ça sur le dos de Couillard si vous voulez, mais ça ne change rien. Le Québec continue de s’enfoncer. Les ministres libéraux sont tous des yes men, qui ne contredisent jamais leur Chef. Seule exception est Barrette, mais pour le moment il n’a fait qu’enrichir ses collègues sans aucun bénéfices pour les payeurs de taxe.

  8. Le gouvernement en place est largement critiqué et c’est de bonne guerre. Cela étant dit:

    Anticosti va coûter des sous au Gouvernement…

    Strateco (100%) privé avait des arguments solides dans sa poursuite contre le gouvernement dont le verdict sortira sous peu..

    Pétrolia à qui Hydro Québec avait cédé ses droits à Antiocosti, en échange d’une promesse de redevance entre 1% et 3% si du pétrole de schiste était extrait, pourrait avoir plus de difficultés à se faire indemniser..

    Pourquoi en plus les subventions dans un projet dont la Bourse de croissance TSX et son fournisseur de règlementations a tenu à préciser n’assumer aucune responsabilité quant à la pertinence ou à l’exactitude des énoncés prospectifs de Pétrolia.. (annotation au bas du communiqué de presse Pétrolia 13 février 2014)

    Pétrolia prépareraient une demande d’indemnisation bien que le sort d’un tel litige reste incertain.

    Je lisais sur Boursorama les résultats fortement à la baisse de Maurel & PromI.. et parmi la liste de leurs activités, il y était fait mention depuis janvier 2016 d’une « mise en sommeil » des opérations au Canada..

    Maurel & Prom est inscrite sous la filiale St-Aubin E & P Québec inc.

    Pas certaine que cette firme se joigne à la poursuite!! Pourquoi cette mise en sommeil??

    Oui j’ai compris! Un contrat c’est un contrat!

    Chose certaine les contribuables n’en n’ont pas fini de payer dans le dossier Anticosti, d’une manière ou de l’autre…

  9. Pingback: Un budget vert? – Le blogue de Joanne Marcotte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s