Philippe Couillard vs Pétrolia, et la règle de droit

La règle de droit

Vous souvenez-vous du débat entourant le projet de loi #3 de Pierre Moreau? Vous savez, ce projet de loi qui portait sur la révision des régimes de retraite des employés municipaux? Rappelons-nous. Les syndicats dénonçaient le non respect d’ententes signées en bonne et due forme; selon eux, le gouvernement voulait « rouvrir les conventions collectives » et mettre fin aux ententes.

À l’époque, le dirigeant de l’IEDM, Michel Kelly-Gagnon s’était porté à la défense des syndicats. Aux partisans du projet de loi #3, heureux d’y voir un allégement du fardeau fiscal municipal, il s’était montré critique: « Mes amis, je vous le demande, êtes-vous en faveur du droit et du respect des contrats simplement quand ça fait votre affaire ? » leur avait-il demandé.

À la fin, le gouvernement n’avait déchiré aucun contrat puisqu’il suffisait simplement de laisser échoir les conventions collectives. « Modifier les modalités de conventions collectives dans le cadre d’un renouvellement de conventions collectives n’entraîne pas un « bris de contrat » ou de renier sa signature, lui avais-je répondu. Dans le cas qui nous occupe, les modifier a exactement l’effet inverse: s’assurer de la pérennité du précieux avantage détenu par les employés municipaux. » (Mon blogue ici)

N’empêche que Kelly-Gagnon avait raison. « Le point crucial est qu’une telle mesure (celle de rouvrir les conventions collectives) irait totalement à l’encontre de ce que devrait être une société libérale, une société fondée sur la règle de droit et non sur l’arbitraire gouvernemental », avait-il ajouté.

Pas facile tout le temps de respecter la règle de droit… Et pourtant, si nous ne voulons pas afficher « Closed for business » ou « République de bananes », il le faut bien.

Le cas Couillard

Alors dans le cas qui oppose Philippe Couillard à Pétrolia, ce qui est le plus surprenant, c’est que celui qui bafoue la règle de droit est très précisément la personne qui devrait en être le gardien, soit le premier ministre lui-même. Couillard pourrait-il mettre fin aux ententes signées? Bien sûr que oui. Mais en payant les pénalités et en dédommageant les actionnaires qui ont eu le malheur de faire confiance à l’État québécois. Le problème, c’est que ce n’est pas ce qu’il fait. Ce qu’il fait, c’est qu’il sabote consciemment le projet. Ouvertement. Sur la place publique. Plus encore, en faisant de l’ingérence politique (« Les fonctionnaires feront ce qu’on leur dira! »), extrêmement préjudiciable à la réputation d’un État qui déjà, n’a pas exactement la réputation d’un lieu où il fait bon faire des affaires.

« Dans une série de déclarations constamment amplifiées formulées sans aucun préavis, le premier ministre Philippe Couillard semble remettre en question le respect des contrats. Plus encore, alors que tous les titulaires qui ont occupé le poste de ministre de l’Environnement ont toujours plaidé qu’aucune ingérance politique ne survenait dans la délivrance des certificats d’autorisation, le PM a laissé sous-entendre que dans le cas de la réalisation des 3 forages pétroliers avec fracturation, les fonctionnaires feront ce qu’on leur dira, portant gravement atteinte à l’autonomie et à l’indépendance devant gouverner ce processus. » – Alexandre Gagnon, PDG de Pétrolia, 15 février 2016

Comment expliquer ce comportement troublant de la part d’un premier ministre, autrement que par le fait qu’il soit habité, depuis Paris, d’une mission que personne ne lui a confiée, parce qu’il a été converti à l’idéologie verte ou encore parce qu’il se prépare à une carrière de prestige aux Nations unies. Qui sait? N’avait-il pas planifié la prochaine étape de sa carrière avant de démissionner du gouvernement Charest à l’époque?

Le premier ministre Couillard affirme que l’entente avec Pétrolia a été une erreur. Le problème, c’est qu’à ce moment-ci, ce que pense Couillard de cette entente n’est pas pertinent… de la même façon que ce n’était pas pertinent, à l’époque, de trouver injustes et inéquitables les très (trop) généreux régimes de retraite des employés municipaux… À moins qu’il veuille, en bonne et due forme, annuler légalement les ententes et dédommager les partenaires du Gouvernement du Québec, il est donc difficile de comprendre l’entêtement du PM à envoyer autant de signaux nuisibles au développement économique.

Alors soyons clairs. Il n’a peut-être pas été sage que le Gouvernement du Québec investisse l’argent des contribuables dans un projet d’exploration pétrolière, industrie reconnue comme étant la plus volatile et risquée s’il en est une. « Considérant la nature extrêmement volatile de l’industrie du gaz et du pétrole, c’est bien cela qui me fait le plus peur. Avons-nous vraiment les moyens de nous lancer collectivement dans des investissements aussi risqués? Faire ce qu’il doit faire pour encourager l’industrie à investir chez-nous, voilà le rôle de l’État« , écrivais-je en janvier 2014.

Seulement, ce fameux rôle de l’État, le gouvernement Charest l’avait bousillé. La tentative d’explorer le gaz de schiste dans la vallée du St-Laurent avait été un fiasco. Désormais, pour obtenir l’appui de la population, les gouvernements ont dû conclure ce qu’ils concluent encore trop fréquemment: pour redonner confiance aux citoyens et obtenir une certaine « acceptabilité sociale », il fallait que l’État s’en mêle et soit même un partenaire financier! Le « privé », surtout s’il vient de « l’étranger », on ne pouvait lui faire confiance. Résultat? Trois gouvernements  successifs cautionnent le projet d’exploration sur l’île d’Anticosti avec la participation financière du Gouvernement du Québec: celui de Jean Charest (PLQ), du PQ (Pauline Marois) et celui, oui, de Philippe Couillard en mai 2014.

Nous en sommes là… surpris, étonnés, et déboutés devant l’attitude d’un premier ministre dont l’adage semble être « L’État, c’est moi ». Et devant un Parti libéral du Québec dont les membres et les députés se taisent, s’inclinent, et se disent peut-être que la dernière obsession de leur chef finira bien par passer.

9 réflexions sur “Philippe Couillard vs Pétrolia, et la règle de droit

  1. Pour moi, le Parti Libéral c’est FINI. Ils sont des momies, qui regardent le plancher.Ils n’ont pas d’honneur ou qu’ils se débarassent de ce vert mauvais gouvernement.
    Il ressemble à Breton PQ qui avait dit aux Fonctionnaires qu’il les dirigeait, et a fait fermer Gentilly, une centrale importante et dont les composantes étaient achetées pour rénovations.
    Ce sont des petits cerveaux ces maudits verts….qu’ils aillent avec françoise david…
    SAlutations Gaëtan Therrien St=Sylvestre

  2. Oublions les contrats. Il peut y avoir 2 raisons;

    Le PM coupe l’herbe verte sous le pied du PQ, de QS et de nos verdâtres. Tout ce beau monde est contre la très méchante industrie pétrolière. Dans la même lignée que le revenu minimum, c’est bon pour QS et pour la gauche du PQ. le PQ peut difficilement être contre la vertu aussi…La volonté d’avoir je ne sais combien de voitures électriques au Québec (fabriquées ou et à quel prix ?) relève de la même politique, moi aussi je veux miser sur l’électrification, les énergies vertes, l’un des arguments électoraux en boucle du PQ…

    Pétrolia et Maurel (qui sont leurs actionnaires ?) se sont rendus compte que le pétrole et le gaz à Anticosti n’était pas exploitable, surtout avec les prix de l’énergie actuellement et se voient offrir une porte de sortie sur un plateau. C’est la théorie conspirationniste.

    Cynique ? Un peu….

  3. Pingback: Sondage: Les Québécois, le pétrole et l’Ouest canadien – Le blogue de Joanne Marcotte

  4. Je regarde M. Couillard et je me dis qu’il s’est converti au Verdisme extrémiste depuis Paris. Son attitude démesurée et son l’intolérance envers l’exploitation pétrolière m’inquiète au plus haut point. Pourtant le pétrole est une matière vitale pour les humains depuis une centaine d’année et nous n’avons pas encore trouvé de substitut pour le remplacer.

    Je ne comprend pas M. Couillard d’autant plus qu’il n’a jamais eu un mandat lui permettant de faire virer le Québec dans la direction ultra-verte. J’aurais aimé qu’il consulte ses ministres afin d’arriver à prendre des décisions sensées mais plus je le vois plus je sens une réincarnation de Duplessis. Plusieurs enjeux se dessinent qui nous ramènent à la grande noirceur, ceux du pétrole, du registre des armes longues, et le pire, le projet de loi 59. Il fait sombre au Québec et les choses ne s’améliorent pas sous le régime libéral.

  5. Pingback: CHRONIQUE: Pétrolia, Couillard, société de droit et sondage de l’IEDM – Le blogue de Joanne Marcotte

  6. Je retiens quelques mots de cette excellente chronique de Joanne Marcotte résumant l’attitude de Philippe Couillard: « L’État, c’est moi. »
    Avec Anticosti, découvre-t-on le vrai visage de notre PM? Semble que oui. Ç’a été le cas avec les adolescents en fugue de Laval, la réforme de l’aide sociale, Rona, les CPE, le financement de l’éducation,, l’aide soi-disant ultra urgente à Bombardier, bien des nominations partisanes, le départ de Robert Poëti, etc.
    Malheureusement, aucune opposition à Québec. Le « peuple » est laissé à lui-même, ça les libéraux l’ont compris. Et on en a pour longtemps au train où vont les choses.

  7. J’en étais arrivé à la même supposition que vous, M. Couillard se prépare une carrière internationale en écologie. Sinon, comment expliquer ce « braquage vert » si soudain depuis Paris où il a côtoyé les Al Gore, Schwarzenegger et autres Jean Lemire de ce monde? Où ceux-ci l’ont encensé. Les groupes environnementalistes ne lèvent plus leurs boucliers depuis Paris comme s’ils avaient reconnu l’un des leurs à la tête de notre gouvernement. Il nous reste deux ans et demi avant de pouvoir de ce débarasser de cette mauvaise copie de Québec Solidaire qui nous dirige. Le temps va être long!

    Il nous dit maintenant qu’il a toujours été vert et qu’il ne fait que maintenir sa position. C’est juste dommage qu’il n’ait pas été plus clair sur la question en campagne électorale, les résultats des élections auraient peut-être été différents.

  8. Pingback: Philippe Couillard vs Pétrolia, et la règle de droit – Le blogue de Joanne Marcotte – Enjeux énergies et environnement

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