Uber – Êtes-vous pour l’innovation, Monsieur Daoust?

Vous pouvez également écouter ma chronique ici – Si le gouvernement Couillard, par l’entremise de son nouveau ministre des Transports, Jacques Daoust, voulait rendre service aux chauffeurs de taxi traditionnel, il se dépêcherait – genre, right now! – de trouver un moyen de ne pas les déposséder de leur actif acquis légalement, et je parle bien sûr, de la valeur de leur permis.

C’est ce qui arrivera s’il tarde trop à établir un plan de libéralisation accompagné d’une forme de compensation pour les permis existants. À preuve,

À Toronto, par exemple, un permis pouvait se vendre 360 000 $ en 2012. Avec l’arrivée d’Uber et le changement des règles, le prix a reculé à 100 000 $ en 2014 et aujourd’hui, on en trouve à 80 000 $ sur le marché. – Québec doit racheter des permis de taxi, Francis Vailles, La Presse

Indubitablement, c’est ce qui attend les chauffeurs de taxi. Que le gouvernement cesse donc de s’illusionner. La fiction de faire cesser, même temporairement, les activités de Uber est au moins aussi absurde que la fiction de pouvoir faire revenir les 1800 emplois d’Aveos. Le gouvernement ne pourra jouer au bras et menacer Uber, pas plus qu’il ne pourra empêcher que d’autres technologies (Facebook, Google) s’emparent du marché et ébranlent davantage les acquis hérités d’une loi (1973) instituant ni plus ni moins qu’un « cartel légalisé ».

C’est en gros, le message que livraient Vincent Geloso, doctorant en histoire économique de la London School of Economics et Germain Belzile, maître d’enseignement aux HEC-Montréal. En commission parlementaire hier, Geloso/Belzile ont donc défendu non seulement le consommateur, mais le détenteur propriétaire de permis qui, en toute légalité et en toute confiance, a investi des dizaines de milliers de dollars pour exercer un droit de travailler dans l’industrie du taxi, aujourd’hui confrontée à des nouvelles technologies qui contestent le monopole exercé jusqu’ici.

Extrêmement documentés, la démonstration ne pouvait faire autrement que d’étourdir des intervenants peu habitués à faire confiance à l’innovation, à la concurrence, et aux immenses possibilités que peut offrir un marché plus ouvert, souple et libéralisé. Accoutumés de voir défiler des lobbies défendant leurs propres intérêts, il était donc rafraîchissant pour moi (mais déstabilisant pour les députés Martine Ouellet et Amir Khadir) d’entendre des gens représenter les consommateurs.

Oh, Khadir a bien tenté de faire voir que Geloso/Belzile incarnait le mal absolu, étant associés à l’Institut économique de Montréal, mais il a été confondu. Ces hommes étaient là bénévolement. Ils n’ont reçu aucune rémunération pour y être; au contraire, ils ont même payé pour y être. De leur temps. Merci Messieurs.

C’était donc une approche humaine qui se préoccupait de ne pas corriger une erreur datant de 1973 par une autre erreur, qu’ont proposée Geloso/Belzile. Les solutions? Elles existent et ont été éprouvées dans d’autres pays, soit en Irlande ou en Australie par exemple (L’Australie a même libéralisé l’industrie du lait, ce n’est pas peu dire!).

Réactions

Les questions du ministre Jacques Daoust portaient davantage sur le moyen technique de rembourser les permis des chauffeurs de taxi. Normal… mais je lui suggère de faire travailler son monde sur plusieurs scénarios de compensation, et ce, à partir de données probantes et fiables, et non pas à partir de chiffres grossièrement arrondis comme nous en a servis le ministre hier. Si ses fonctionnaires sont compétents, ce ne devrait pas être très long.

Martine Ouellet du Parti québécois, quant à elle, a visiblement été ébranlée. Au lieu d’interroger les personnes qui s’étaient déplacées pour partager leur réflexion, elle a préféré rappeler l’augmentation « catastrophique » des coûts d’électricité en Ontario suite à la dérèglementation, reprocher à Geloso/Belzile leur « idéologie » (comme si elle n’était pas elle-même une idéologue assumée), leur reprocher leur vocabulaire radical et leur faire la leçon sur la signification du mot « cartel ».

La réplique n’a pas tardé: la définition d’un cartel par Belzile (entente entre producteurs pour limiter l’offre et par conséquent, augmenter les prix) et le véritable sens du mot « libéralisme ». Ce n’est pas parce qu’on a déréglementé les prix d’électricité qu’on a libéralisé le marché de l’électricité, lui rappelle Geloso. À ce jour, l’hydroélectricité est toujours sous contrôle d’un monopole étatique en Ontario (HydroOne). Libéraliser un marché, c’est y voir de la concurrence.

Ouellet ne s’est pas risqué à poser une seconde question. Elle a plutôt expliqué qu’elle tenait au statu quo et que l’innovation pouvait être possible dans le modèle actuel. Ben oui…

Le discours le plus inspirant de la démonstration reste néanmoins la vision d’un monde où l’innovation est possible. « On ne saura pas d’où vient l’innovation, rappelle Geloso. » Mais pour bénéficier des bonnes idées qui pourraient en résulter, il faut la permettre. Élémentaire, vous me direz? Malheureusement non.

Il était clair, hier, que les représentants du peuple sont encore trop contaminés d’une pensée qui laisse peu de place à l’innovation, le génie, la souplesse, la liberté de choix et l’ouverture à une multiplicité d’idées qui pourraient augmenter non seulement la qualité d’un service pour le consommateur, mais redessiner une industrie à laquelle on a envie de contribuer.

Enfin, la question de Khadir à Belzile était tout aussi prévisible pour les gens qui interprètent la passion des gens qui militent pour la liberté économique comme étant simplement une idéologie sans âme. « Êtes-vous d’accord ou pas avec Uber? », lui lance Khadir.

« Je ne suis ni d’accord, ni contre », lui répond Belzile. Voilà ce qui est insaisissable pour des gens comme Khadir. Parce que la vérité, c’est que les gens qu’il avait devant lui prônent une idée bien plus intéressante: celle de contester la pertinence d’une Loi plutôt que d’en affirmer aveuglément la suprématie. Celle de pouvoir être témoin, via une saine concurrence, de la créativité des humains lorsque leur génie peut s’exprimer. Enfin, cette idée que ces humains seront toujours plus doués pour organiser leur vie et faire leurs propres choix de consommation qu’un État qui impose sa vision, ses règles, ses cadres et ses limites.

Bref, une belle occasion ici pour le Parti libéral d’être « libéral » et d’encourager l’innovation. En sera-t-il capable?

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À lire également:  Le mémoire de Geloso/Belzile, Québec doit racheter des permis de taxi, Tir groupé contre le système de permis de taxi 

Je vous recommande fortement d’écouter également la séance parlementaire. Vous y apprendrez beaucoup sur la dynamique d’une commission parlementaire. Écoutez… pour voir:
GelosoBelzile

8 réflexions sur “Uber – Êtes-vous pour l’innovation, Monsieur Daoust?

  1. Ces obscurs politiciens passent encore à côté du vrai problème, à savoir une industrie du taxi beaucoup trop réglementée. Une quantité incommensurable de coût pour ceci, pour cela, paperasserie, permis hors prix, licence à vômir. Comme dans tous les domaines, les gouvernements s’amusent à tout légiférer, à tout réglementer. C’est lourd, c’est coûteux, c’est contraignant. Alors, au lieu de s’acharner sur une économie libérale, que le gouvernement débarque donc de son piédestal et arrête de jouer à la gouvernemaman.

  2. Joanne ce qui semble tellement clair pour la droite ne l’est pourtant pas pour une majorité de Québécois réactionnaires aux changements. C’est culturel.

    Nos élites conservatrices ont depuis toujours été réfractaires aux révolutions..

    Leur aversion envers la révolution industrielle initiée par les méchants anglos, a conduit, en pleine revanche des berceaux, à l’exode de nombreux jeunes francophones vers les USA..

    Le travail sur la ferme tant valorisé par le clergé n’arrivait plus à suffire et le travail à l’usine était démonisé..

    Et envers et contre les récalcitrants, le Québec n’avait pu éviter cette voie vers le progrès, mais l’avait empruntée dans le wagon de queue..

    Ainsi il en va avec la révolution technologique.. Une élite technophobe met des bois dans les roues.. elle se replie dans l’illusion d’un retour aux arpents verts..

    Et comme on ne peut arrêter le progrès, l’histoire va se répéter… le Québec devra suivre et, fidèle à son habitude entraînant de la patte il se sera laisser damer le pion par d’autres sociétés plus avant-gardistes..

    Le Québec à la remorque du progrès! Voilà une image qui représente assez bien le Québécois moyen.. c’est tellement plus facile de se déresponsabiliser sur l’État..

    On a ce qu’on mérite! Un degré de satisfaction à la hauteur de nos petites ambitions.. Rien de très exaltant!

    Avec les Québécois, il ne faut jamais oublier combien il leur faut du temps pour apprivoiser le changement!!

    On doit faire avec!

  3. Bonjour Joanne,

    Il était clair, hier, que les représentants du peuple sont encore trop contaminés d’une pensée qui laisse peu de place à l’innovation, le génie, la souplesse, la liberté de choix et l’ouverture à une multiplicité d’idées qui pourraient augmenter non seulement la qualité d’un service pour le consommateur, mais redessiner une industrie à laquelle on a envie de contribuer.

    Je crois que j’ai cessé de me faire des illusions quant à l’idée de voir un jour des politiciens ouvrir la porte à une vraie libéralisation. Cela les rendraient inutiles et obsolets. Pas de danger que ça se produise.

    Enfin, la question de Khadir à Belzile était tout aussi prévisible pour les gens qui interprètent la passion des gens qui militent pour la liberté économique comme étant simplement une idéologie sans âme. « Êtes-vous d’accord ou pas avec Uber? », lui lance Khadir.

    Je crois que la palme revenait à notre ami Vincent pour sa réplique à cette question. C’est à dire de rappeler à M. Khadir que peu importe leur opinion, les électeurs pour qui M. Khadir travaille sont majoritairement d’accord avec Uber et soutiennent ce service avec leurs $$$.

  4. J’ai eu la patience de regarder la video…j’ai failli me trouver mal lors de l’intervention de Madame Ouellet…moi je veux supporter des programmeurs qui développent une application locale…des gens d’ici, pour nos besoins, après il n’est pas besoin de se demander pourquoi des services comme Uber ne naissent pas ici, sans oublier sa mauvaise foi sur le marché de l’électricité en Ontario.
    Rien ne changera jusqu’au moment ou un service totalement automatisé avec des voitures sans chauffeur fera son apparition..ce qui n’est peut-être pas aussi éloigné que certains le pensent…

    • Totalement d’accord avec vous pour Mme. Ouellet mais il faut pas oublier la « performance » de notre Khadir national… Complètement pété ce mec. Il y en a qui votent pour lui?

  5. Le modèle Québécois craque de partout et de plus en plus vite, c’est je dois l’admettre un spectacle assez divertissant à suivre, triste mais certes pas ennuyant et aussi très prévisible.

    Pendant que Radio-Canada/CBC fait dans le «business as usual» et traite la politique comme un amusant concours de popularité. Pendant que les politiciens s’accrochent à leurs pouvoir, à leur omnipotence (comme en témoigne leur agacement face à un Uber dont le contrôle leur échappe), pendant que les groupes de pressions sont partout pour dénoncer la soi-disant austérité, le secteur public embauche, les nouvelles taxes et tarifs fusent de partout, les dépenses augmentent encore plus vite que l’inflation, la santé et l’éducation implosent et malgré les forêts de cônes oranges les infrastructures tombent en ruine. La justice est devenu un goulot d’étranglement, etc…. Côté Québec Inc. ça ne va guère mieux, le secteur pharmaceutique a déjà levé le camp, l’aéronautique se meurt et sa locomotive est sur le respirateur artificiel. Plein de ces belles industries qu’on a installées à grand renfort de subventions ne s’avèrent plus réellement viables chez nous et les entreprises n’ont plus envie d’investir ici, sachant très bien qu’elle seront prises en otage par le fisc, les syndicats et la réglementation!

    Le château de carte tient encore à cause de la carte de crédit des ménages et du gouvernement, mais pour combien de temps encore?

  6. Bien que je compatis avec les chauffeurs de taxi et la valeur de leur permis, le gouvernement ne peut pas prendre à sa charge les cadavres des entreprises non innovantes remplacées par de nouveaux produits ou services. L’histoire regorge d’entreprise ayant disparu. Encore récemment on a qu’à penser aux centres de location de vidéo. Et devant nous on peut voir l’arrivée de l’écoute en ligne qui vont tout simplement faire disparaître les Vidéotron de ce monde qui nous ont arnaqués depuis 40 ans. Le CRTC va-t-il demander le rachat de leur licence de diffusion?

    La technologie permet de contourner les modèles règlementés en mettant directement en contact des gens offrant des services et d’autres les offrant. C’est le retour de l’époque du troc. Cela s’est fait par exemple dans la vente immobilière. La téléphonie est de plus en plus par Internet. Le courrier est devenu le courriel. Le pavé de l’église est devenu Facebook. Et l’industrie du Taxi est devenue UBER et tout autre service du genre.

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