Recharger les batteries de la droite?

Il y a un courriel qui traîne dans ma boîte « Inbox » depuis un bon moment. Je me l’étais envoyé à moi-même il y a de cela quelques mois. Il y reste, pour me rappeler régulièrement à quel point règne la confusion dans l’esprit de certaines personnes que l’on considère à tort, comme de grands intellectuels généreux de leurs états d’âme et de leur propre compréhension du monde.

Une seule ligne dans ce courriel: un hyperlien qui conduit à un texte de novembre 2015 signé Camil Bouchard et intitulé La gauche expliquée à mon petit-filsCe texte est un bijou. Un puissant carburant pour qui manque de motivation. Les jours où je me dis qu’il ne me sert plus à rien d’offrir un contrepoids à ces gens, où je me dis que je radotte et qu’il n’y a plus rien à ajouter, je relis ce texte et me voilà repartie.

Ce petit-fils réalisera bien un jour à quel point son grand-père ne voulait pas tant expliquer la gauche mais plutôt apprendre à son petit-fils comment et pourquoi selon lui, il fallait mépriser la droite. En fait, un titre plus fidèle au texte aurait été Pourquoi détester la droite. Je m’étonnerai toujours du simplisme auquel recourent ces gens, tous plus vertueux les uns que les autres. Dieu comme ce doit être facile de pouvoir se réclamer membre de cette communauté où seules les bonnes intentions suffisent pour justifier une politique publique. Où il ne sera jamais requis d’évaluer les résultats de leurs programmes dits généreux. Où ce qui est bon est le fruit d’une magnifique oeuvre d’ingénierie sociale qu’ils auront eu la générosité de concevoir et à laquelle tous devront se soumettre.

La semaine dernière, le Centre Manning réunissait la communauté conservatrice canadienne. Le thème de cette année post-défaite électorale: Recharging the right! ou Recharger les batteries de la droite! Ne me quittez pas; vous verrez comment tout ça est lié.

La droite cherche à se redéfinir, laisse entendre la couverture médiatique qui en a été faite. Elle doit être plus « empathique », se soucier davantage de la pauvreté, être plus branchée sur les aspirations des plus jeunes générations telles la conciliation travail-famille et l’environnement, etc.

Elle doit offrir des solutions!, clament les observateurs externes de même que les militants, eux-mêmes les plus sévères critiques de leur organisations politiques. Elle doit être en mesure de mieux les expliquer, de les rendre séduisantes, ces solutions. Bien sûr, que je me dis dans le fond de moi-même. Les rendre séduisantes…

Et c’est là que je fais le lien entre cette chronique de Camil Bouchard et les constats entourant une droite qui échoue au jeu de la séduction.

Et vous savez pourquoi? Parce que pour une certaine partie de la population militant à la gauche du spectre idéologique, les solutions qui prônent la libéralisation, la concurrence, la liberté de choix, et la responsabilité individuelle ne seront jamais séduisantes. Parce qu’il est à peu près impossible de convaincre les junkies de l’étatisme que nous sommes devenus, que les solutions puissent reposer sur autre chose qu’une injection massive de fonds publics, de programmes mur à mur ou encore de subventions directes ou indirectes à une foule d’organismes et d’institutions bienveillants assurant « l’intérêt commun ».

Il y a, à mon humble avis, un petit quelque chose de naïf à imaginer le contraire. J’en ai fait mon deuil, pour vous avouer bien franchement.

Revoyons quelques récents événements pour démontrer la chose. D’abord, le ministre de la Santé Gaétan Barrette veut se donner le moyen de connaître le coût des chirurgies. Il part un projet-pilote. Trois cliniques privées y participeront. On analysera les données et on en déduira le coût optimal d’une chirurgie. Vous êtes étonné qu’on ne connaisse pas le coût des chirurgies au Québec? Ben non. On ne le connaît pas. « À l’heure actuelle, le coût facturé dans le réseau pour une chirurgie peut varier « du simple au double » d’un hôpital à l’autre, malgré des clientèles comparables », rapporte Le Devoir.

Réactions de notre gauche? Barrette pave la voie à la privatisation, accuse le PQ. Qu’importe si les chirurgies seront payées par l’État et non les patients. On brandit l’ennemi, ce fameux « privé ». Chez les infirmières, on évoquera même la collusion.

Comme toujours, à la gauche, ce ne sont pas les résultats et l’efficience qui compte. Qu’importe si en bout de piste, le résultat pourrait être d’être plus efficients dans un environnement où il fait bon y travailler et y recevoir des soins.

Ce qui compte vraiment, c’est que les services soient rendus par l’État. Par des employés syndiqués. Par une organisation du travail prisonnière de conventions collectives. Par un organisme centralisé, financé et dessiné par l’État.

Autre exemple. On a appris ces derniers jours que les enfants du nouveau ministre de l’Éducation fréquentaient une école privée. Sacrilège. Le Parti québécois et Québec solidaire sont dans tous les états… sans jeu de mots.  « Le ministre ne croit pas au système d’éducation publique », selon le député Amir Khadir. Rien de moins. Qu’importe s’il est démontré qu’il en coûte moins cher à l’État de soutenir financièrement les quelques écoles privées québécoises. Qu’importe s’il est démontré que la présence des écoles privées est non seulement bénéfique pour les étudiants qui la fréquentent, mais qu’elle stimule également le réseau public à faire mieux. Qu’importe si cette liberté de choix convient aux parents qui sont prêts à contribuer davantage.

Ce qui compte vraiment, c’est que les services soient rendus par l’État. Par des employés syndiqués. Par une organisation du travail prisonnière de conventions collectives qui étouffent l’innovation. Par un organisme centralisé, financé et dessiné par l’État.

Idem pour les garderies subventionnées.  Ce qui compte vraiment, ce n’est pas que les solutions soient adaptées aux besoins des différents profils de famille. Ce qui compte vraiment, c’est que … enfin, vous connaissez la suite.

Alors, ce petit-fils de Camil Bouchard, il comprendra bien un jour. Que la gauche n’a pas le monopole des bonnes intentions, du désir « d’équité, de justice sociale, et de liberté ». Qu’à la limite, si les concepts de gauche et de droite sont bien relatifs, il n’en demeure pas moins qu’il y a deux groupes de gens qui s’opposent lorsqu’il s’agit de définir la place et le rôle du gouvernement dans la vie des gens.

Il y a ceux qui entretiennent un préjugé favorable pour tout ce qui est initié, conçu, organisé et financé par le gouvernement et il y a ceux qui croient que le meilleur environnement pour assurer l’épanouissement des individus, des familles et des entrepreneurs est celui qui repose sur la liberté et la responsabilité individuelle. Sur un environnement qui permet à une multiplicité d’acteurs de se concurrencer. Sur la confiance qu’un bouillonnement d’idées et d’initiatives résultera dans des meilleures pratiques et de plus grandes réussites.

Bien sûr, c’est peut-être une façon simple de résumer la chose, mais convenons que c’est au moins une différence fondamentale importante.

Et pour l’heure, quand on voit agir nos gouvernements, si j’avais à répliquer à ce Camil Bouchard, je lui dirais de se rassurer. Il n’y a pas vraiment de « droite » au Québec et encore moins au Canada depuis l’automne dernier. Du moins, pas comme il l’entend. Dormez donc tranquille, Monsieur Bouchard. Avant que nous réalisions que l’État est à bout de ressources et qu’il est lui-même à la source de bien des iniquités, votre petit-fils sera rendu grand et il comprendra lui-même combien nous avons fait preuve de si peu de générosité à son égard.

10 réflexions sur “Recharger les batteries de la droite?

  1. Et en prime, c’est le petit-fils qui héritera de la facture, le jour ou les baby boomers mangeront les pissenlits par la racine…

  2.  »Tu vois, si la gauche progresse, cela veut dire une meilleure distribution de la richesse nationale »

    ‘Ce que la droite se garde bien de dire c’est que là où le taux de syndicalisation est plus élevé, les travailleurs, syndiqués ou non, gagnent de meilleurs salaires et ont de meilleures conditions de travail.’
     »Est-ce vrai que les syndicats protègent presque seulement les fonctionnaires et les ouvriers de la construction comme le dit la droite?

    – La présence syndicale est plus forte dans le domaine public que privé, c’est vrai: 80% contre 20% environ

    Je ne veux pas faire dévier le débat, ceci est très relié au sujet de la gogoche caviar:
    Maintenant le résultat: un exemple , Hydro -Québec, la défense du prolétaire:

    Lisez jusqu’au bout.

    Hydro-Québec avait déjà signé leurs conventions (avant la fin de l’autre anticipé en 2014) avant le règne Couillard.

    o Augmentation de salaire de 3 % en 2016, 2,75 % en 2017 et 2,5 % en 2018;

    Et ce sur une rémunération globale les plus généreuse en Amérique du Nord.

    Le fond de pension d’Hydro est une aberration:

    La cotisation de l’employé est de 7,5 % pour 2012 et 2013 et celle de l’entreprise est de 9,6 % pour 2012 et de 10,5 % pour 2013, à chaque période de paie.

    C’est par ce régime que l’employé recevra, pour chaque année cotisée, 2,25 % de son salaire moyen de ses cinq meilleures années multiplié par son nombre d’années de participation, pour les besoins de sa future retraite. De plus, la rente est partiellement indexée, en fonction de l’augmentation de l’indice des prix à la consommation au Canada.

    Et pour finir, aucun plafond sur ce que vous allez recevoir d’Hydro-Québec.

    Si vous travaillez (facon de parler) 35 ans, vous aurez 35 X 2.25 = 80% de votre salaire indexé. Y a personne qui vaut cela et ce n’est pas vrai qu’ils travaillent plus fort que le restant du petit peuple.

    Je connais des employés qui sont là et qui ont déjà leurs condos dans le sud, la belle vie à nos frais. En fait cet employé va faire plus que mon salaire assis chez eux.

  3. L’état est une locomotive peu performante et le peuple n’est rien d’autre que le carburant.

    • Bien d’accord. Le Qué-bébé-cois veut le beurre et l’argent du beurre. Sans trop se forcer. Et ils sont bouche bée devant la SRC, TVA et tous les autres médias qui depuis 50 ans dispensent la plus cru des propagandes gau-gauchiste…

  4. Bonjour Madame Marcotte,

    C’est bien beau les groupes de réflexion, les blogues et les mille et une tribunes, mais à mon sens, tant et aussi longtemps que les divers tenants de la droite au Québec ne s’uniront pas au sein d’un seul parti politique provincial pour s’investir activement et concrètement dans la politique québécoise, c’est la gauche et ses multiples déclinaisons qui y exerceront leur monopole. On ne peut accuser l’électorat québécois de voter à gauche si l’offre politique provinciale est essentiellement restreinte à des partis gauchisants ou si ce même électorat n’est pratiquement jamais exposé aux idées de la droite.

    C’est plus facile à dire qu’à faire, certes, mais je ne vois pas d’autres solutions.

    • @Magnanime30 – J’ai déjà eu ce rêve d’un parti de droite. Mais par expérience, le problème avec ça, c’est que la « droite » elle-même, si elle existe ou prétend exister est sa pire ennemie. Plusieurs courants dans son sein, peu de nuances, beaucoup d’arrogance et de condescendance pour ceux qui ne comprennent pas tout à fait. Finalement, il y a le piège de la pureté dangereuse. Pas facile. Pour ma part, je n’y songe plus.

  5. La gauche se dit vertueuse, mais n’a aucune logique. Une autre question que le petit-fils aurait pu poser est: «Grand-papa qu’étais-tu avant de devenir utopiste…..»»?

    Les garderies existent depuis 1999, je crois. C’est-à-dire qu’à un coût de 2.5 milliards par année, cet utopiste a déjà participé à 40. milliards sur notre dette. Ça me tente de le traiter d’imbécile. Ce gars était un enseignant ??? Que l’on ne vienne pas me dire que ça a permis à plus de gens d’aller travailler, c’est de la foutaise, car il n’y a pas de garderies subventionnées dans les autres provinces et, pour la plupart d’entre elles, leur taux de chômage est plus bas que le nôtre…. .

  6. Je crois que le petit fils de Camil Bouchard vivra pour découvrir le mensonge réconfortant de la gauche. Il verra où mènent les politiques publiques de son grand-père. Il verra le Québec (et maintenant suivi de près par le reste du Canada) s’enliser lentement jusqu’à ce qu’il croule sous les dettes.

    La droite ne sera jamais populaire parce qu’elle exprime les vérités qui dérangent. Que le gouvernement ne peut pas faire tout pour tout le monde. Ça a été essayé maintes fois essayé et ça a toujours échoué. Vous n’avez qu’à regarder du côté du Venezuela pour en voir le plus récent exemple.

    La gauche se drape de vertu et de bonnes intentions et fait complètement fi des lois économiques. Elle se ment à elle-même que si l’état taxe suffisamment les riches, il y aura assez d’argent pour tout le monde. Elle est aveugle au fait que les individus répondent aux incitatifs qu’on leur offre. Si vous taxez trop les revenus des gens, tôt ou tard, il réagiront en travaillant moins où en déménageant leurs pénates ailleurs. À un moment donné, il n’y a plus de riches à taxer et c’est la classe moyenne qui écope.

    Je me demande d’ailleurs où est la vertu de piller la propriété des gens et endetter les générations futures, Mais Joanne a raison. Le Québec est dopé aux programmes étatiques et désespérément accroc aux programmes sociaux. Comme un alcoolique, il ne s’apercevra pas qu’il a un problème avant de toucher le fond du baril.

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