Élections 2018 – « You never know what you’re gonna get »

Je n’ai pas trouvé d’expression plus juste pour cette chronique. L’anglais étant ma véritable langue maternelle (de 0 à 5 ans), il y a des expressions comme ça que je me refuse de traduire. Allez, les puristes de la langue, gâtez-vous! Le peuple français d’Amérique est en voie de disparition, Internet est une menace pour la survie de la langue de Molière sur le continent. Fermons Internet, tiens!

Bon, maintenant qu’on a écarté ça et qu’on va laisser les prêcheurs et prêcheuses nous faire la morale et recourir à la peur de disparaître, je prends quelques instants pour partager quelques réflexions sur le climat préélectoral québécois actuel.

Comme il s’en dira des choses! Des promesses, des analyses, des commentaires (dont celui-ci). Du côté des équipes politiques, on voudra séduire, charmer, raffiner le message pour ajouter au nombre de personnes susceptibles de voter pour eux. On exigera des « cadres financiers ». Au fait, il est où le fameux Rapport sur les comptes publics promis à la veille des élections de façon à ce que chacun des partis puisse avoir l’heure juste et éviter le mal de bloc post-électoral du genre « Ah non, imaginez-vous donc que nos prédécesseurs nous ont menti! Il y a un trou de xxx milliards $ dans les finances publiques du Québec! Misère. Il va falloir tout revoir nos engagements« . Qui devait nous offrir ça, déjà? Le Vérificateur général? Le ministère des Finances? Je ne me rappelle plus.

Mais c’est pas grave, comme on dit. Parce que vous savez quoi? Tout ça ne compte pas vraiment. Les programmes, les engagements, le positionnement des partis sur le fameux axe gauche-droite, Tout ça ne sert à rien.

Parce qu’une fois élu, you never know what you’re gonna get. Brian Mulroney n’avait jamais annoncé qu’il créerait la TPS. Il était à peu près impensable qu’un conservateur « de droite économique » comme Stephen Harper injecte des milliards de dollars pour « sauver » GM lors de la crise financière de 2008-2009. Lucien Bouchard du Parti québécois a créé spontanément les garderies à 5$ pour acheter la paix avec les syndicats lors d’un « sommet socioéconomique ». Ce même PQ est celui qui a prôné l’équilibre budgétaire alors qu’il est éminemment perçu comme un parti de gauche. Autre exemple qui me trouble particulièrement: le Parti libéral du Québec de Philippe Couillard a fait, depuis COP21, un virage vert des plus spectaculaires que personne n’aurait prédit avant son élection en 2014. Il s’en est suivi des taxes sur le carbone, des programmes verts qui ne produisent aucun résultat sauf celui d’utiliser les fonds publics pour se donner bonne conscience, des projets à saveur idéologique populiste, une incursion du gouvernement dans des domaines qui ne lui appartiennent pas, une Caisse de dépôt pour financer des projets d’infrastructure somme toute risqués jadis sous la responsabilité du gouvernement provincial, etc.

Parce que juger des choses sur l’axe gauche-droite n’a plus de sens non plus au Québec. Tous les partis qui auraient des chances de remporter l’élection croient en un État très fort. Tous. Et puisqu’il faut les nommer: le PLQ, le PQ et la CAQ croient tous que l’État québécois doit imposer et être imposant (pas pire, celle-là, non?). J’aime bien oui. Doit imposer et être imposant.

Alors, quoi? On vote pourquoi? Pour quoi? Et Pour qui?

Sachez-le. Ceux qui lisent cette chronique sont probablement plus politisés que l’ensemble des Québécois. L’élection ne se gagnera pas sur des idéologies ni sur des programmes, ni sur un bilan, ni sur de l’espoir que les choses changent pour le mieux. Ça changera pas. Les gens votent pour le modèle québécois. Ils l’aiment. Les politiciens le savent. Les gens veulent des programmes, les entrepreneurs veulent des subventions, les lobbies font plier les jambes des élus, etc.

Elle se gagnera en cours de campagne électorale en fonction de 2 choses: les sondages et les débats. Deux semaines avant le jour de l’élection, la très grande majorité des citoyens se diront « Ben coudonc, il faudrait ben que je me décide pour qui voter ». Ils vont regarder les débats, la couverture des débats, évaluer les « spins » médiatiques et finalement juger. Et ça, c’est si ils votent.

Tout ce qui aura été dit, écrit, analysé et commenté d’ici là ne vaut rien. Rien d’autre, en tout cas, que d’amuser les mordus du commentaire politique.

On l’a vu avec la vague orange de Jack Layton de 2011. Le Bloc n’avait plus que 4 députés. On l’a vu avec la montée spectaculaire du PLC de Justin Trudeau dans le dernier droit de la dernière élection fédérale. On le voit présentement en Ontario. Les campagnes, ça compte!

Tout cela dit, on verra bien, comme on dit, comment les Québécois voteront. Est-ce que le Parti québécois réussira à faire élire au moins 12 députés (ou 20% du vote) pour se qualifier comme parti officiel à l’Assemblée nationale? Y aura-t-il une vague caquiste dans les comtés francophones ou même balayage dans certaines régions? Philippe Couillard surprendra-t-il les Québécois avec une nouvelle équipe? Pour l’instant et pour ma part, l’ajout d’Alexandre Taillefer et les recrues soit-disant « progressistes » (traduction de « à gauche ») annoncent plutôt un rapprochement vers Québec solidaire plutôt qu’un retour à une philosophie libérale à la défense d’une plus grande liberté individuelle et économique.

Bref, après 15 ans de gouvernance du Parti libéral (vous remarquez que je n’utilise pas « gouvernance libérale« ), les Québécois choisiront-ils le confort et le connu de la continuité ou le pari et les possibles vertus de l’alternance?

L’idée ici, c’est que peu importe ce qu’ils choisiront, ils le feront sur la base de slogans, de promesses, d’idéologies, de sondages, de « spins » médiatiques. La vérité, c’est qu’ils n’auront aucune idée de ce qui les attend et de ce que le chef de parti fera une fois au pouvoir. La vérité, c’est que « you never know what you’re gonna get ».

 

 

16 réflexions sur “Élections 2018 – « You never know what you’re gonna get »

  1. Il y a du vrai dans votre chronique, sûrement beaucoup plus de vrai que je je résiste à voir car autrement c’est désespérant !

  2. Le parti libéral se « gauchise » avec l’ajout de Taillefer et Marwah Rizqy qui « risque » elle, d’elle élue dans le très risqué comté de Saint-Laurent. La CAQ devient une sorte de PQ 2,0, avec une plateforme de nationalisme économique et identitaire. Le PQ s’imagine que pour ne pas disparaître, il doit aller jouer dans la plate-bande de QS. Il n’y a que QS qui ne bouge pas et qui reste dans une manif de 1968.

    Pour qui voter?

    Je déteste l’identitaire. J’ai l’impression qu’on joue sur l’émotion et la vulnérabilité des gens en créant un bonhomme 7 heure de l’ « Étranger ». Ce qui n’est pas trop étrange, c’est que cela fonctionne surtout là où il n’y a que des d’étrangers dans les bulletins de nouvelles de 18hrs. » Hon, chérie, as-tu vu la femme voilée qui fait X comme job?! »

    Je déteste ces politiques green qui ne servent pas à grand chose sauf à acheter bonne conscience à nos politiciens qui peuvent se pavaner dans les sommets internationaux.

    Je déteste cette manie de toujours trouver un « meilleur » moyen de nous taxer, que ce soit sur Netflix, l’essence ou ailleurs. On peut avoir une meilleure justice fiscale en abolissant certaines taxes aussi, au lieu de l’ajouter pour certains. Et by the way, faudrait répéter à pas mal de monde qu’une entreprise, c’est rien, juste une coquille. Si elle paie moins de taxes, ses actionnaires vont en payer plus sur leurs dividendes, pis eux, ce sont des personnes physiques bien localisés, pas des coquilles vides morales.

    Je déteste le protectionnisme et le nationalisme économique. Cela marche rarement, la plupart du temps, on ne fait qu’envoyer de l’argent aux copains agriculteurs, syndiqués de l’aluminium ou juste bien plugés politiquement. Encore une fois, on joue sur l’émotion des gens en leur disant « un autre fleuron vendu aux étrangers » ou bien « redevenons un peuple de bâtisseurs » pour nous faire cracher du cash.

    Ensuite, je ne perdrai même pas de temps à dire qu’est-ce que je déteste dans les plate-bandes de QS et du PQ. Si on ne comprends pas pourquoi le gauchisme radical n’a pas fonctionné au 20e siècle et ne fonctionne toujours pas dans ce merveilleux pays qu’est le Venezuela, je ne peux rien y faire à part de de recommander certaines lectures de base.

    Donc, je vote pour qui moi? Je me pince le nez, je me fou du vicks extra fort en dessous et je vote pour celui qui pu le moins? C’est lequel ? Parce que pour la première fois de ma vie, ca se peut que je vote Libéral et pour ca, il va me falloir un méchant gros pince-nez.

  3. ADQ puis CAQ, mais j’étais bien content quand j’avais vu Martin Coiteux rejoindre le PLQ, alors sincèrement, j’ai peut-être voté PLQ en 2014. J’en ai aucun souvenir.

    Pour être totalement honnête, j’habite depuis 2014 dans un comté de plate-bande à Montréal (Hochelaga) alors ma question « pour qui voter » est plus théorique que pratique.

    Je comprends votre question, dans le sens où mes questionnements ne sont pas nouveaux. J’y porte peut-être plus attention maintenant que la CAQ est moins portée sur l’économie libérale et plus sur le nationalisme identitaire.

    • Personnellement, je persiste à croire que le modèle britannique est le meilleur (ou moins pire?). Il est bien sûr porté sur l’immobilisme, mais a aussi montré sa solidité en temps de crise. Pas de guerres civiles, pas de révolutions, capable de résister aux guerres. Nommez-moi un autre système démocratique avec ces caractéristiques? La France est rendu à sa 5e république, les États-Unis qui ont probablement le 2e meilleur ont eu une immense guerre civile, l’Allemagne, on en parlera même pas. L’Italie est ingouvernable. Les « nouvelles » démocraties comme la Grèce et l’Espagne font à peine mieux. L’Amérique du Sud croupit sous la corruption de ses élites et hésite entre chaque élections entre chavisme, péronisme et forces conservatrices oligarchiques. Les pays scandinaves ont des monarchies constitutionnelles semblable à notre système britannique.

      Notre système pousse tous les partis qui veulent gouverner à aller au centre (terme assez relatif) pour espérer avoir une majorité. Avec notre système, on n’a pas besoin de coalition avec des partis de niches (nationalistes, communistes, religieux ou autres) comme c’est le cas dans plusieurs pays. Vous n’avez pas idée à quel point je suis content de ne pas avoir une coalition qui pour rester au pouvoir, doit accommoder le petit parti marginal qui a récolté 4% de votes et qui menace de mettre à terre le gouvernement. Imaginez QS avec ce rôle!

      Bien sûr, rien ne change rapidement. On reste dans le consensuel et quand tout va bien, les gouvernements s’encrassent dans la bien-pensance. Pour moi, c’est un trade-off acceptable même si je reste choqué 365 jours par année en lisant mes nouvelles le matin.

  4. J’argumenterais même que le problème démocratique au Québec n’est pas du à son système démocratique, mais à sa démographie. Une seule génération, de par sa démographie, a hijacké le débat politique pendant plus de 50 ans avec ses préoccupations personnelles du moment. Il est là le problème, mais il va se régler tout seul, sans toucher aux bases du système.

    Bon, maintenant, je vais essayer d’arrêter de « hijacker » le blogue de Johanne 😉

    • Je suis bien d’accord avec vous Francis. Je suis contre La proportionnelle, ce serait une erreur et surtout on aurait des gouvernements minoritaires , donc ingouvernables parce qu’on dépendrait souvent de la décision de 2 ou 3 députés pour passer des lois.

  5. Dire que ce gouvernement a crée 2 commissions ( Robillard et Godbout) dont les travaux ont été ignorés
    C,est ce même gouvernement qui était censé restreindre l’ajout de nouveaux programmes par l’élimination d’un programme correspondant
    Grande déception… encore une fois !
    Le libéraux ont bien saisis les attentes des québécois: plus d’État !

  6. Même si l’election de la CAQ equivaut a faire du sur place, je crois qu’il est primordial de se débarasser des Libéreaux en raison des nombreux scandales et magouilles qu’ils ont a leur palmares! De plus, Ils font la pluie et le beau temps depuis trop longtemps avec le PQ. Avec les résultats qu’on connait! La CAQ d’ailleurs semble prête a prendre le pouvoir et du sang neuf ne fera pas de mal.

  7. Ce qui m’irrite au plus haut point dans notre démocratie, c’est la ligne de parti. J’ai voté longtemps pour le représentant de mon comté qui avait les meilleurs idées pour améliorer le sort du comté et de la province. Mon dernier vote fut un désastre car la député du comté qui criait haut et fort, à la radio et dans les médias, que le retour de l’enregistrement des armes était inutile et vain contre la pègre, a suivi la ligne de son parti et a voté pour la réinsertion du registre des armes!!! Comment croire nos politiciens qui sont supposés nous représenter après tous ces votes de parti? J’en ai plein mon casque d’être la victime de politiciens et de gouvernement qui abusent. Mon prochain vote sera sûrement un coup d’épée dans l’eau puisque l’on n’entend jamais parler du parti que j’ai choisi. Le parti conservateur du Québec. En suivant le blogue d’Adrien Pouliot, il me semble s’en prendre intelligemment contre l’establishment pourri à l’os qui fait toujours prospérer les mêmes riches. Ses idées de faire épanouir les petites, moyennes et grandes entreprises pour créer des emplois et d’éliminer la gérance gouvernementale là où elle n’est pas nécessaire me semblent tout à fait logiques! Les conservateurs ne seront pas au pouvoir mais au moins j’aurai la conscience tranquille d’avoir donné mon vote pour une volonté de vrai changement contrairement aux mensonges des vieux partis!

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