Vivre avec le risque ; apprivoiser le chaos

D’abord, moi qui suis si critique, je dois lever mon chapeau au premier Ministre François Legault. Aujourd’hui, il a pris le pari d’expliquer ce qu’il comprenait du concept d’immunité naturelle. Clairement, il a vulgarisé à sa façon qu’il est devenu nécessaire de passer à une autre étape, soit celle de nous exposer au virus. Graduellement. Lentement. Progressivement.

Ainsi, à cette étape-ci, la meilleure façon de protéger à moyen terme l’ensemble de la population est de tenter de construire un bouclier collectif. Ce n’est plus de recourir au Grand Confinement, mais d’apprendre à vivre avec l’intrus. Parmi les nombreux deuils que nous vivons, il y a maintenant celui qui vient avec une reconnaissance que nous n’en sommes qu’au début de cet épisode qui n’en finira plus de finir. En d’autres termes, le vaccin, il n’est pas pour demain. Voilà, c’est dit. Il va falloir s’y résigner.

J’aime bien quand le chef du gouvernement nous met au fait de ce qu’il apprend. On a beau réduire les sorties du trio infernal à une suite de contradictions, je suis à peu près certaine qu’en ce qui concerne le PM, il doit être consterné devant l’échec gigantesque d’un secteur d’activité qui gobe 49,5% des dépenses de programmes de l’État québécois, soit 42,8 milliards $ dans le budget 2020-21.

Un dollar sur deux va à la Santé et aux Services sociaux. Pensez-y. C’est énorme.

À tous les jours, on a l’impression qu’un ballon se dégonfle. Ça va bien… puis c’est la catastrophe dans les CHSLD. Les hôpitaux s’en tirent bien… puis pouf, on manque d’équipements. On réussit à se rééquiper un peu… il manque maintenant de médicaments essentiels. Assez pour rationner des chirurgies et retourner des spécialistes à la maison. On pense à faire contribuer la population ? Eh ben, on réalise qu’il ne semble pas y avoir de gens dans les multiples boîtes du Ministère qui savent épurer des listes de noms et faire un décompte dans le sens du monde. Et puis, il semble également qu’il manque de téléphones sur les étages pour appeler le monde sur les fichiers Excel.

Le PM pense à faire contribuer les spécialistes (mauvaise idée, à mon avis, mais coudonc) ? Ils ne veulent pas y aller. Les gens qui veulent y aller ? La machine n’en veut pas. On se dit qu’on devrait avoir des équipes stables et permanentes dans les établissements ? Eh ben non. Les équipes sont « volantes ». Pas foutues d’avoir des horaires qui soient « humains » à la fois pour le personnel et les malades, de créer des environnements plus humanistes et humanisant. Les équipes butinent d’un établissement à l’autre en semant des graines du virus trop content de s’agripper aux plus faibles d’entre nous.

Dernière du jour : 5000 travailleurs dans le réseau ne vont plus travailler. Ils sont absents. Pas parce qu’ils sont infectés, dit-on. Ils ne vont juste plus travailler. C’est ça qui est ça. « It is what it is », comme disent les anglophones.

La situation dans les CHSLD? C’est peine perdue. On a échoué. Il n’y a rien qui puisse corriger de manière significative la situation. Les anges gardiens se sont envolés. Nous en sommes à solliciter les soldats de notre armée et Dieu merci à ses gens qui répondent à l’appel. Constat d’échec. Ravalons. Ayons honte. Compatissons. Mais on aura passé tout droit. Un gros « E » qui ne se rattrape pas.

Ouf. 42,8 milliards $ et ça donne ça. Oui, mais nous sommes en période de crise, vous allez me dire ? En effet. Nous sommes en période de crise mais quand nous n’y sommes pas, ce n’est guère mieux. Quand on n’est pas en période de crise, ça donne des statistiques sur les attentes qui placent le Québec parmi les pires États en matière d’attente de soins de santé. Honteux.

Ah mais ça, on s’y est habitué…. Bien sûr… Ça ne fait plus les manchettes. La maladie à la mode ces temps-ci, c’est la Covid-19. Et elle a le dos large, cette Covid-19!

À tous les jours, se révèlent les défauts d’une organisation viciée jusque dans ses tripes.

Il faut rester humble, nous dit-on. On ne connaît pas le virus. Les chercheurs en apprennent un peu plus à tous les jours. Les spécialistes ne sont plus des spécialistes. Ils recueillent les données et les analysent. Tout le monde est à l’école de la vie ces temps-ci. Et cette vie, si on était brillant, on pourrait au moins en tirer des leçons.

Car si on ne connaît pas le virus et si on ne commence qu’à entrevoir comment on va devoir vivre avec dans la prochaine année et demie, il y a quelque chose que l’on connaît très bien et c’est le monstre qu’on nourrit à coups de presque 42,8 milliards par année.

On peut bien rester humble devant ce que va nous apprendre ce malheureux épisode épidémiologique que nous vivons mais une chose est sûre, c’est qu’on a pas raison de l’être pour ce qui est des virus qui gangrènent les missions soi-disant essentielles de l’État.

Là-dessus, c’est une bonne dose de rage qu’on devrait entendre. De la colère, voilà ce qu’on devrait exprimer. Non, ce n’est pas le PM ni un gouvernement quelconque qui est au pouvoir. Je demeure encore convaincue que nous sommes gérés par la pire des catégories de personnes auxquelles on doit confier le pouvoir de gérer quoique ce soit, et ce sont des technocrates.

Normalement bons dans un rôle conseil, l’État québecois les a trop écoutés pour leur donner éventuellement pleins pouvoirs. À tous les niveaux de la machine, ils sont là, protègent leurs arrières, sans pour autant qu’il y ait la moindre imputabilité.

Alors oui. Je vais rester humble devant ce virus et reconnaître que nous sommes dans une expérience malheureusement constituée d’essais et d’erreurs.

Mais pour le reste, même si j’y crois de moins en moins, je vais quand même suggérer à nos décideurs et gouvernements de réfléchir un peu à leur Créature. Au lieu de mettre dans des postes de pouvoir des « yes-man » qui protègent leurs arrières et leurs bebelles bureaucratiques, il est peut-être temps de faire un vrai ménage dans la cabane et d’y attirer une autre catégorie de personnes.

C’est plus risqué, bien sûr, mais il paraît qu’il va falloir apprendre à vivre avec le risque.

P.S. Visionnement suggéré: Mario Dumont qui vous initie aux prochains 12 à 18 mois. « Ça va être compliqué », nous dit-il. C’est le moins qu’on puisse dire.

12 réflexions sur “Vivre avec le risque ; apprivoiser le chaos

  1. Bravo MME Marcotte.

    Et il embauche un chef de cabinet de l’ex ministre Barrette..

    C’est la même méthode à l’Éducation.

    À la DPJ.

    JE travaille comme entrepreneur avec le Ministère des Transport depuis…

    Plus de 40 ans…

    Même problème.

    Plus de vrai boss… là ils disent ouvertement :

    JE PROTÈGE MES FESSES…

    Et visent la pension.

    Après ils iront au privé.

    Leur seule compétence est de lire le document

    Qu’on leur prépare par un ingénieur privé; là ils n’ont qu’à lire la signature.

    Notre modèle Québecois doit être refait; car c’est un échec.

    Et nous n’aurons plus les moyens de le payer.

    Croyez vous qu’on va avoir encore de la Péréquation ?

    De 12 Milliards ?

    Tout va casser, on est cuit.

    Et qui va payer si on ne travaille pas ?

    Qu’on ne produit pas ?

    Pour remplacer quelqu’un de ma génération :

    Il en faut trois.

    Et nous avons des Polices tout le tour, pour collecter et payer pour la Maschine.

    Des polices d’environnement, de vitesse, de CCQ, des contrôleurs routiers,

    Du Revenu : carburant, nombre d’heures travaillées, ou on a été,

    Revenu taxes, CSST, normes du travail, revenu Impôts, Prov. + Fédéral.

    Et le Municipal.

    Déjà qu’Il n’y avait plus d’argent à faire à travailler…

    Et les jeunes qui nous traitent de passé…

    Salut au plaisir,

    Gaëtan Therrien

    _____

  2. Bravo pour un écrit bien senti. Mais je ne me sens pas coupable par association à ceux qui aiment ce système. Je ne l’ai jamais aimé. L’ennemi invisible c’est le technocrate insignifiant qui coche des cases dans son ministère. On les retrouve dans l’organigramme ces anonymes derrière l’acronyme. Le parasite qui se fait régulateur, qui vérifie la vérification de la vérification de celui qui accomplit les véritables tâches. Les défenseurs du modèle demanderont une commission d’enquête qui recommandera de nouvelles sommes, de nouveaux acronymes. Çà donnera autant de résultats que d’invoquer les morts ou de dompter le ver solitaire qui se prend pour un organe digestif.

  3. Bonjour Joanne ! Je suis bien d’accord avec vous mais se pourrait-il que les syndicats fassent aussi partie de ce monstre à plusieurs têtes. Toutes les iniquités salariales provoquées par ceux-ci avec la complicité volontaire ou non des gouvernements a créer un écœurement total des employés sous-payés comparativement aux chouchous privilégiés qui en exigent toujours plus. Le système de santé québécois est tellement énorme et complexe qu’il est impossible à gérer, il me fait penser à un labyrinthe dont on est incapable de trouver la sortie. Quand on fait une erreur dans le montage d’un ouvrage (ex: meuble IKEA ) il vaut mieux tout défaire au complet, lire le plan et recommencer en s’assurant de ne pas répéter les mêmes erreurs. Le système de santé est comme ce meuble et s’il n’est pas remonté correctement le prix à payer sera monstrueux, c’est déjà commencé d’ailleurs en vies humaines…..

    • Se peut-il qu’un des acteurs que sont les syndicats participent à ce monstre à plusieurs têtes? Bien sûr.
      Quand toute l’organisation du travail est codée dans une convention collective, il n’y a plus de place aux gens qui ont de l’initiative, aux créatifs, aux artisans de la santé.
      Je suis archi-contre ce modèle car il n’y a pas d’imputabilité. Je crois encore que la meilleure façon pour une école, un établissement ou un département, c’est d’avoir un patron responsable, à l’écoute de son équipe. Et si ça plante, OUT!!!

  4. Tant et aussi longtemps qu’on permettra au gouvernement fédéral et aux gouvernement provinciaux de s’endetter, on ne responsabilisera jamais nos dirigeants.

    Il n’y a aucune imputabilité. Je ne considère pas la perte d’une élection une vraie imputabilité…

    C’est rendu plus payant pour un jeune etudiant de ne pas travailler; honteux…

  5. Pourquoi ne pas attendre un mois de plus, le temps d’atteindre le pic?? Les soignants ne sont pas tenus d’intervenir sans matériel de protection et on enverrait les enfants à l’école pour obtenir l’immunité?? L’Allemagne se prépare à une deuxième vague et Angela Merkel a sorti de ses gonds en dénonçant l’orgie de discussions autour du retour à la normale et la légèreté de la population et des responsables politiques. Qui plus est en Allemagne, pour lever graduellement et partiellement certaines mesures, le gouvernement doit augmenter sa capacité de tester et d’isoler les gens infectés. Le Québec ne fait rien de ça. Le Japon qui avait rouvert ses écoles depuis avril vient de décider de fermer à nouveau. On peut présumer que même sans le confinement l’économie ne pourra repartir car le virus sera toujours là. Les hôpitaux autrefois gérés par le clergé ne se sont jamais relevés des réformes faites à l’improviste pendant la révolution tranquille. Les alertes démographiques ont été négligées par les gouvernements successifs. Arrive ce qui devait arriver. Si au moins on évitait la précipitation dans la gestion de la pandémie, on aurait tiré des leçons du passé. A New York 39,7% des gens décédés avaient 70 ans et moins. L’Économie c’est important mais la vie encore plus!

  6. Bonjour Joanne, moi je vois Legault comme une personne qui patine sur la bottine, ce cherchant une bande pour s’appuyer.
    La situation tragique qui se déroule dans nos #CHSLD est principalement due, à Legault et McCann qui ont vider les lits d’hôpitaux des personnes en fin de vie, couper les aidants (Famille) à zéro (ce qui a occasionné un manque de bras) pour les mettre dans des #CHSLD qui étaient déjà à 100% complet. Tout ça a fait augmenter le nombre de résidents, et cette coupure de d’aidants, donne le résultat qu’on connait. En bon Canadien je dit « Ça leur a chier dans la face »

  7. ET., ce qui ne nous aidera PAS est que désormais le Média de masse le plus dominant & influence le plus la population québécoise & le PM est la radio du 98.5 fm ,les snti-déconfinement les plus pro-système du modèle Lada québécois. Bonne nouvelle pour ceux-celles qui haïssent la CAQ, ils ne feront qu’un seul mandat dans leur histoire pour ensuite disparaître dans les lymbes de l’Histoire. Malheureusement le parti conservateur au Québec manque de muscles & d’ambitions..je prédis le retour du PLQ avec Anglade qui a patinée avec la grâce d’un Gaëtan Boucher au micro lustré du gaûchïste-talentueux Lagacé à la radio de la métropole ce Mercredi pm sur ce que,quoi elle ferait ??? le coanimateur lui lance qu’elle a déja la « langue de bois »:..
    Ferrandez le socialiste-enragé ! 2 fois/jour à cette radio o.m.g. qui rêve de piger dans les REER & épargnes des aînés pour eux paient pour tous les autres ….

    Jonathan Valois ex-député-ministre du Parti Québécois que fait-il dans l’entourage cabinet du PM Legault ? où est le désinfectant à social-démocrate s.v.p. !?!

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