Le temps de mettre fin au confinement

On ne veut pas l’admettre. On s’y refuse. On espère pouvoir y échapper. On demande des garanties, des protections, des mesures qui vont quelques fois bien au-delà du nécessaire. Puis finalement, il n’y a rien qui puisse calmer notre peur viscérale d’être contaminé. Et pourtant.

Le virus est là pour un bon moment. On n’y échappera pas totalement. « Il ne s’agit pas seulement de traverser le « pic », comme certains semblent le croire », nous dit un épidémiologiste de la Harvard’s T.H. Chan School of Public Health. Vous « trippez » sur les courbes? Gâtez-vous. Lisez l’article du New York Times.

Mettons ça au pire, 18 à 24 mois avant d’avoir un vaccin. Au pire du pire, les scientifiques ne réussissent pas à fabriquer un vaccin efficace et le virus revient chaque année, comme d’autres virus, comme l’Influenza qui tue 3,500 personnes chaque année au Canada (nous en sommes à 4,695 décès au Canada pour la Covid-19 à ce jour). Une nouvelle ligne s’ajoute dans la liste des causes de décès.

Vous imaginez ça, une Covid-19 à tous les 4 mois? À tous les ans? Eh ben, peut-être le faut-il. Lucidement. Vous vouliez un projet de société? En voilà un : côtoyer ce virus sans pour autant se couper de nos liens familiaux, de nos gagne-pain, de nos entreprises, passions et loisirs.

Parce qu’autrement, on fait quoi?

On s’enferme en espérant un vaccin? Combien de temps encore? Jusqu’en 2021? 2022? On se laisse anesthésier à coups d’arcs-en ciel « Ça va bien aller », de PCU et de programmes gouvernementaux? On laisse mourir à petit feu les PME du Québec dont la part des emplois dans toute l’économie est autour de 90%? On se résigne à la dilapidation de patrimoines familiaux qui périront par la peur d’un virus sans merci? On ferme les garderies, les écoles? Jusqu’à quand?

Reconnaissons quand même ce qui a été fait. La grande efficacité de la phase « Québec en pause », a atteint l’objectif (si évidemment, on fait abstraction des CHSLD). Aucune surchauffe dans les hôpitaux. Rien de ce qui s’est produit en Italie, en Espagne, en France ne s’est produit ici. De plus en plus, on a des indications sur les tranches d’âge les plus à risque. Oui, le virus atteint plusieurs tranches d’âge mais une très très forte majorité des décès se trouve chez les 70 ans et plus.

Car si le « Québec en pause » a réussi dans certaines régions à ne pas créer de surcharge dans le système hospitalier, il a échoué à protéger ceux qu’on disait vouloir protéger le plus. À cet égard, constat d’échec lamentable du conseiller Arruda Horacio et de la ministre de la Santé, il faut le dire et l’admettre. Contrairement à quelques autres endroits dans le monde, rien, mais absolument rien n’avait été prévu pour ériger des pare-feux autour des résidences pour personnes  âgées et obliger à ce que le personnel qui y travaille soit protégé (équipement de protection + renforts) et stable (mobilité du personnel interdite). Ailleurs, il y a pourtant des endroits qui y ont vu. Malheureusement, dans notre système de santé hospitalo-centralisé, tous les efforts ont été mis à préparer les hôpitaux et à absorber un électro-choc de cas. Ce n’est pas arrivé. Échec numéro 1. Le discours de la protection des plus vulnérables ne s’est pas traduit en précautions réelles.

Échec numéro 2 : Le cas de la grande région de Montréal. Perte de contrôle total. Bureaucratie débilitante, préposés sous payés, jeu immonde de chaise musicale des patients et du personnel soignant passant d’un établissement à un autre, de zones froides aux zones chaudes et vice versa, retard à implanter de façon massive des tests, ambiguïté sur une politique du port d’un masque protecteur. On n’est pas des experts et oui, il faut être bien humble devant cette maladie, mais il y a des constats qui fouettent et qui semblent faire l’unanimité. Les pays qui ont évité le pire ont usé de 2 stratégies: tests + masques. S’il faut l’imposer à Montréal, qu’attend-on?

Vous êtes inquiets de la surchauffe dans les hôpitaux de Montréal? Depuis quand, dites-moi? Le système de santé est en surchauffe À L’ANNÉE LONGUE, et l’était bien avant la COVID-19! Le système de santé québécois? C’est le pire des mastodontes du Québec! On le voit, on le constate et rien n’y fait. Les centaines de rapports et d’articles sur le sujet se sont inclinés devant le corporatisme, le syndicalisme et le manque de volonté réelle des gouvernements d’y changer quoi que ce soit. (Rappel: 50% de nos impôts vont à cet énergumène). Je lève mon chapeau à ceux qui y travaillent. Vous avez tout mon respect.

Quant aux régions qui veulent se barricader, il y aura une limite à ce qu’elles survivent cloisonnées et isolées de la sorte. Pour l’heure, les programmes de soutien aux individus (PCU) et de subventions aux entreprises offrent peut-être l’illusion qu’ils pourront se renouveler indéfiniment.

Ce n’est pas le cas. Le gouvernement évite de parler des conséquences de l’endettement colossal qui suivra et il y a tellement peu de journalistes qui s’y intéressent. Ce n’est pas normal. L’économie et les finances publiques doivent faire partie du débat, des « choix de société » doivent être remis en question. Qu’il s’agisse du rôle du gouvernement en matière de sécurité et de santé publique, des méthodes d’approvisionnement, des méthodes d’enseignement, c’est le temps d’imaginer autre chose, de définir les véritables « services essentiels » que doit assurer un État et refaire ses devoirs.

Quant aux médias, de grâce, fouettez-vous, bon sang! Ce n’est pas la fin du monde. Vous n’êtes quand même pas les porte-parole des obstructeurs à temps complet! On en a soupé de nous sentir impuissants devant une anxiété qu’on exacerbe. Écoutez-vous! Vous êtes catastrophés en permanence! Réfléchissez-y deux minutes. Pas impossible que vous ayez une petite responsabilité dans la consommation des anti-dépresseurs au Québec. Ne sommes-nous pas les plus importants bouffeux de pillules? Vous n’êtes plus capables de faire un topo sans utiliser le mot « inquiétude » minimalement 3 fois. C’est lassant à la fin de se faire dire qu’il faut être inquiet. Si vous l’êtes, vous pourriez garder ça en dedans un petit peu plus et nous laisser en juger, non?.

Pour ma part, je maintiens que l’humain est plus grand que la somme de ses inquiétudes. L’humain, en général, se bat, survit, et relève le défi.

Il y a de belles histoires à raconter, des pays qui réussissent mieux que d’autres, des petits génies qui inventent des produits, des héros qui se dépassent. Bien sûr il y a les victimes, mais il y a aussi des gens qui doivent passer à l’étape des solutions. C’est le rôle des médias aussi de pousser les gouvernements à y parvenir.

Ce n’est pas vrai qu’il y a un consensus sur l’efficacité d’un confinement prolongé. Voyez la Suède. Le risque zéro n’existe pas et il n’existera pas pendant un bon bout de temps.

Le dé-confinement doit se faire. Graduellement, systématiquement, intelligemment. Mais il doit se faire et tous les groupes de la société doivent y participer et suivre l’exemple des entreprises privées (épiceries, pharmacies, construction, etc.). Encore beau que tout ne soit pas nationalisé! Qu’est-ce que ce serait?

Enfin, l’obéissance, la docilité et la complainte, c’est bien beau. La lucidité, la combattivité et le courage de se relever, c’est encore mieux.

13 réflexions sur “Le temps de mettre fin au confinement

  1. Est-ce possible que si tous les fonctionnaires fédéraux, provinciaux ainsi que les syndiqués n’étaient pas payés durant la crise, qu’on verrait un plus grand enthousiasme de leur part à revenir au travail ?
    Il me semble que ceux qui ont la plus grande crainte du virus, sauf nos belles personnes âgées, sont le groupe ci-haut…
    Je sais , ce n’est pas PC de le dire mais..

  2. Malgré mes craintes, je me dois d’être d’accord avec toi. La mitigation doit passer par une décloisonnement de la maison. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, et si ma région est stable en terme de nouveaux cas, on peut même m’imposer le masque et le lavage de mains dans des rassemblements ou en épicerie. Nous avons assez de données mondiales et provinciales pour se faire une tête.

    « La vie est une aventure audacieuse, ou elle n’est rien » – Helen Keller

  3. Plus que meilleur. Je le dis depuis le début, témoin à l’appui. Il y a eu une panique mondiale qui n’avait aucunement sa place. On a même pas atteint en date d’aujourd’hui 300k morts sur une population de 8G, une goûte d’eau dans un océan. Plus le temps avance et plus on commence à croire que c’était quasiment organisé.

  4. En santé au Québec personne ne semble savoir qui est son supérieur mais juste un chef de service donc personne ne sera responsable. Il y a des pays qui sont mieux rationnels qui nous et ils expliquent mieux les choix de survie entre deux personnes et la finance qui doit prévaloir sur les individu(e)s. Un tableau PIB de chaque pays plusieurs font peurs.
    Il faudra bien accepter l’élimination naturelle des plus faibles dans quelques mois et notre gouvernement devra trouver une manière de le dire. Je vois dans un avenir proche des médicaments pour aider des cas lourds mais pour ce qui est d’un vaccin, il faudra espérer que l’ADN de la souche restera stable 1-2 ans car autant pays nordiques que tropicales il y a des éclosions du virus.
    Le prochain danger sera l’anxiété qui se transformera en violence et soif de liberté. Il ne faut pas se rendre à ce niveau. Nous tous, nos projets d’avenir sont sur pause et à mon âge bientôt 70 ans je ne pourrai pas les récupérer même en bonne santé !!

  5. Merci Joanne, bonne lecture.
    Ils y encore beaucoup d’inconnus concernant le corona et la maladie Covid. Les malades à l’hôpital sont là pour des semaines et les patients à l’hôpital sont surtout à la mis âge de 30-70 ans.
    Un vrai dilemme pour la réouverture, surtout à Montréal.
    Montréal figure parmi les pires grandes villes en Amérique pour les résultats à date.
    Vraiment inquiétant pour la réouverture quand les chiffres sont ci mauvais et surtout quand les gens sont censés être isolés.
    Covid a seulement affecté 5-15%, tel qu’on le pense, 70% pour immunité communautaire, ont est qu’au début de l’infection.
    L’’isolement draconien de la Chine et mondialement et quant même 250,000 morts en trois mois. Imaginons quand même 100,000 infections d’un coup au Québec, c’est 1918-1920 une fois de nouveau.
    Le port de masque est absolument important en plus de maintenir les distances, voulons nous vraiment tester nos capabilities médicales plus qu’on la déjà fait?

  6. Si le porte du masque obligatoire aurait été utile ou pas pour éviter le pire, à quoi ça sert quand le pire est arrivé? On a eu de la transmission communautaire depuis des mois à Montréal, on serrait donc les plus proches à une immunité collective. Vous nous propose encore une measure tardive qui va être aussi difficile à enlever que les autres? On est déjà pris otage par des chiffres quotidiens de morts, malgré le fait que ça prend 3 semaines de mourrir de ce virus. Le porte de masque d’un montréalais en bonne santé, ça va rien faire pour les infectés qui vont mourrir dans les prochaines semaines. Et Il a bien de stratégies plus efficace pour éviter plus de éclosions dans les communautés les plus à risque que de cibler encore le monde qui a aucun contact avec eux.

    Du reste, je suis bien d’accord avec vous. Mais non, je ne porte pas de symbole de peur prolongée en échange pour un déconfinement nécessaire et sécuritaire par ses propres mérites.

  7. Déconfiner trop vite risque d’aggraver la situation. Qu’est-ce que c’est qu’un mois ou deux de plus pour « vraiment » se préparer à une deuxième vague? Pour sauver plus de vie humaine??Tout ça pour ça? Francois Legault aura des comptes à rendre. Réouvrir de façon progressive impliquerait à mon avis un retour en classe en septembre. Montréal est au coeur de l’économie québécoise.. je crois qu’il sera impossible pour les régions de voir un regain économique sans l’apport de la grande région de Montréal. Et François Legault le sait trop bien. Il a dû se résigner à retarder au 25 mai.. mais sa patience a des limites.. Aucune comparaison ne tient avec la Suède. Le service militaire obligatoire a été rétabli en 2017.. Ils sont disciplinés.. et malgré cela, l’immunité collective n’a pas donné les résultats escomptés.. Morts par million: Suède 314 / Danemark 90 / Finlande / 47 …. Impact économique: Suède moins 6.1% / Danemark moins 3.9% / Finlande mons 5.3%. Aussi les Québécois banalisent les symptômes du coronavirus.. « Debilitating symptoms can last long after a person’s body has gotten rid of the coronavirus. A reality Italians are now confronting. ». Mourir du coronavirus restera une mort cruelle tant qu’il n’existera pas de traitements. Je compatis avec la douleur de perdre des êtres chers de cette façon. Réduire le plus possible le nombre de victimes devrait guider le gouvernement dans ses décisions. On ne se relève pas de la mort mais tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir et il serait bon de se rappeler que l’économie a repris de la vigueur suite à la grippe espagnole, Je pense qu’en ce moment on devrait avancer, oui, mais avec infinies précautions. Les Européens ont connu les ravages structurels des guerres du 20ème siècle, Ils savent relativiser les dommages causés à l’économie par le coronavirus. Certains traduisent la réaction à la pandémie à une panique mondiale qui n’avait pas sa place?? Cette évaluation relève d’une méconnaissance de l’Histoire..

  8. Après avoir lu votre long texte, je ne peux qu’abonder dans votre sens. Je suis tout à fait en accord avec votre constat. Bravo.

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