L’épreuve d’une campagne électorale

La campagne électorale est commencée. And they’re off!!!

Plus besoin d’une date officielle de départ. Si la CAQ peut faire des annonces et inonder les ondes et Internet de publicités, alors pourquoi les autres partis ne pourraient pas en faire autant? Pas tout à fait éthique et équitable selon le Directeur des élections car les dépenses en pré-campagne ne sont pas comptabilisées, mais on imagine et espère qu’il arrivera avec une proposition pour la prochaine fois.

Pour l’heure, des vidéos d’appréciation de François Legault pleuvent, le PLQ et le PCQ dévoilent leurs slogans et leurs plateformes électorales. Quant au PQ et à QS, on ne sait pas trop mais ils font sûrement de gros efforts pour recruter tous leurs candidats et mettre en branle leur stratégie de campagne.

Mais ce matin, je pense aux nouveaux venus en politique, tous partis confondus. Et je me souviens trop bien des moments de satisfaction mais aussi des grandes désillusions que j’avais éprouvées en cours de route. Un manège, quoi! Excitant par moments, mais désillusionnant parfois. Déjà, de nombreux nouveaux candidats, pleins d’espoirs et le coeur sur la main, doivent commencer à comprendre qu’une campagne électorale n’a presque rien à voir avec un débat d’idées. Laissez-moi, bien humblement, partager ma perception de ce manège. Il faudra être courageux et même quelque peu aventurier.

En somme, il y a des phases dans cette aventure. Pour garder sa santé mentale, il peut être bien de les reconnaître comme telles, mais surtout de ne pas croire qu’ils ont énormément d’influence sur le résultat de l’élection, rassurez-vous.

  • La phase « bilan du gouvernement » – ce qui est réglé puisqu’on semble prendre pour acquis que personne n’aurait pu faire mieux que François Legault. On ne doit donc pas s’attendre à quelques chose de rigoureux. Et en passant, pour l’avoir parcouru, ce qu’on appelle le Polimètre n’est pas, à mon sens, quelque chose à partir duquel on peut émettre une note au gouvernement. Quand presque 50% du budget public (en santé) échoue, on devrait pouvoir pondérer la note finale et en ce sens, on arriverait à un échec plutôt qu’un pot de fleurs.
  • La phase « tentatives de salissage des candidats » et des chefs – Des retraits de candidatures ou démissions sont vus comme des succès par l’équipe de salissage. Cette phase prend souvent racine sur les réseaux sociaux et repose parfois sur des propos anodins dont on a volontairement tordu le sens. En cette période de politiquement correct, de censure même, cela devient de plus en plus difficile. À la fin de la journée, certains médias partisans récupèreront la chose ou les médias traditionnels en feront un petit texte. Peut être associé à:
  • La phase « détournement des discours » et « procès d’intentions malveillantes » – très présent sur les réseaux sociaux également et même chez les chroniqueurs partisans. Les équipes qui ont des rapprochements avec les médias réussissent mieux. L’idée est de discréditer le chef de l’équipe adverse par association. Ces deux étapes peuvent être importantes. Les adversaires tenteront de définir l’autre. On n’hésitera pas à faire des comparatifs avec les moeurs américaines, des leaders américains méprisables, à faire peur, ou à ridiculiser. Le piège ici c’est que l’arroseur est souvent arrosé par la suite. Quand l’équipe et les « bad cops » sortent leurs griffes, c’est pas toujours beau à voir.
  • La phase des promesses électorales – Dans ce cas-ci, le PLQ, le PQ et la CAQ ont un bagage historique alors que le PCQ n’en a pas. On verra ici ce qui guide les partis, leurs valeurs. On pourra voir à quel point ils sont clientélistes, opportunistes, démagogues. Les citoyens sont invités à se reconnaître dans un discours ou dans un autre.
  • La phase du « cadre budgétaire ou financier » qui sera jugé comme terriblement important et sur lequel repose la crédibilité d’un parti, nous dira-t-on. Toutefois, le lendemain du dépôt, personne ne le lira et il n’y aura que très très peu de couverture sur le sujet. Précédant cette phase, on harcèlera les chefs des questions comme: « Oui, mais où vous allez couper? », « Quels services vous allez couper? », « Quand allez-vous déposer votre cadre financier? » etc. Phase négligeable. Aucun impact sur le vote, à mon avis.
  • La phase d’analyse comparative des équipes de candidats. Combien y a-t-il de femmes candidates, d’autochtones, de diplômés? Cette phase est déjà commencée. Je ne crois pas qu’elle a une quelconque influence sur le vote non plus.
  • La phase « débats des chefs » – j’y reviens plus loin.

Pendant ce temps, il y a la tournée des chefs et de leurs équipes de campagne avec les médias à bord de l’autobus. On tentera de faire déraper les chefs et lorsque ça arrivera, ce sera un gain pour l’adversaire en plus de créer des remous chez les partisans. Et oui, il y aura dérapages. Tous les chefs vont à un moment donné ou à un autre, dire quelque chose qui sera jugé comme inacceptable. Puis, à la fin de la journée, le chef qui fait la une des journaux ou qui « ouvre les nouvelles » dira qu’il aura « gagné la journée ». Bête de même. Tout de même extrêmement exigeant pour les chefs. Il faut être extraordinairement habile: avoir une aptitude dans les « punch-line », se distinguer de façon importante des adversaires politiques et donner du gaz à ses associations de comté pour le très important « travail de terrain » (pointage et sortie du vote).

Idéalement, il y aura des tables de débats dans les émissions d’affaires publiques. Quelques représentants de partis seront peut-être appelés à représenter leur parti.

On verra également la vraie couleur de certains de nos analystes et chroniqueurs. Il vient un temps où c’est difficile de cacher ses allégeances. Ça se voit, ça s’entend et c’est OK. Oui. C’est OK. Il y a des médias qui ont des positionnements très clairs, des penchants idéologiques certains, des préférences en matière de politique publique. Le problème, s’il y a problème, n’est pas là.

Le problème réside toujours dans le manque d’équilibre dans la couverture des différents courants politiques. Là-dessus, l’honnêteté oblige de reconnaître qu’il y a vraiment déséquilibre au Québec mais il faut vivre avec et focuser sur l’important: la rencontre des électeurs.

Puis, à quelques jours du vote, si on est chanceux, il y aura de beaux tableaux comparatifs pour comparer l’offre politique des différents partis, ainsi que le résultat des derniers sondages.

En somme, la question de l’urne est la suivante: « En qui faites-vous confiance pour VOUS représenter à l’Assemblée nationale? » Petite note éditoriale ici: À mon avis, un gouvernement provincial, ici au Québec, n’est pas élu pour changer l’ordre du monde et résoudre tous les problèmes de la planète. Il est là pour gérer les masses d’argent que vous lui confiez, pour représenter VOS priorités, VOS préoccupations et idéalement, pour créer des environnements sociaux et économiques qui permettent d’élever le niveau de vie des citoyens. Et puis, question secondaire qui se produit parfois, que préférez-vous? Un gouvernement majoritaire tout-puissant ou un gouvernement minoritaire qui offrirait des débats et des alternatives au statu quo?

Je prétends qu’il y a une seule phase déterminante dans tous ce processus, et ce sont les débats des chefs. La plupart des citoyens s’accrochent à une campagne électorale lors des débats des chefs. Nous ne sommes pas tous des « junkies » de la politique. Et c’est là qu’un chef ou un parti est authentiquement présenté aux électeurs. C’est là aussi que ça peut jouer dur dans l’après-débat. Si vous ne connaissez pas la notion de « spin doctor » ou de « spin médiatique », c’est ici qu’il y a feu d’artifice. La une des journaux reflètera qui aura gagné le débat ou s’il s’agissait d’un match nul.

Après avoir dit tout ça, on peut être désillusionné et vouloir baisser les bras. Il ne faut pas. À la fin, ce qui compte, mais ce qui compte vraiment, c’est d’avoir le sentiment de participer à une démocratie souvent fragile, d’avoir contribué à véhiculer des idées plus prometteuses pour soi-même et pour autrui. C’est déjà énorme!!!

Bonne route à tous les nouveaux venus en politique active!

Une réflexion sur “L’épreuve d’une campagne électorale

  1. Joanne, Tu as parfaitement raison.

    Selon l’étude, parmi le 6% de « complotistes convaincus », il y en aurait 15% qui voteraient PCQ, 13% qui voteraient PLQ et 4,5% au PQ. (Je donne les chiffres du PLQ et du PQ pour qu’on ait un comparatif le fun.)

    Pour ce qui est du 15% des « complotistes modérés », 34% voteraient PCQ, 18,3% voteraient PLQ et 24,2% voteraient PQ.

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