Sans parti pris, de Ewan Sauves

Montréal Campus, le Journal de l’UQAM, Ewan Sauves, avril 2011

À 55 ans, Joanne Marcotte taille sa place dans le paysage politique québécois. Cofondatrice du Réseau Liberté-Québec, né en octobre 2010, la militante tente de redorer l’image de la droite auprès de la population. 

«Vous ne pouvez pas savoir à quel point j’ai horreur des partis politiques, des discours de nos chefs, de leur opportunisme», s’exclame avec passion Joanne Marcotte. De passage au Crackpot Café à Québec, la femme originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu observe les quelques personnes qui décorent de couleurs chatoyantes des poteries achetées dans ce café artisanal. Joanne Marcotte, elle, travaille plutôt à façonner le Québec de demain.

Cofondatrice et porte-parole du mouvement politique Réseau Liberté Québec(RLQ), elle veut ramener le débat gauche/droite sur la scène provinciale, tout en préférant la dernière des deux idéologies. «Aujourd’hui, il faut être souverainiste ou fédéraliste, il n’y a aucune autre possibilité, déplore la militante de 55 ans. Notre objectif est de mettre cette philosophie politique du OUI et du NON de côté et de se consacrer à une autre vision.» 

En six mois d’existence, le RLQ, avec son slogan «une droite forte, fière et organisée», a rallié plus de 800 adhérents. Mais Joanne Marcotte ne crie pas victoire trop tôt. Selon elle, la droite québécoise a besoin d’être redéfinie dans l’imaginaire populaire. «On pense que la droite signifie le retour de la peine de mort et de l’interdiction de l’avortement, mais la droite que nous proposons est unique en son genre, précise-t-elle. Nous voulons une idéologie politique qui s’imprègne des couleurs de la société et c’est pourquoi la droite du Québec doit être différente de toutes les autres.» En plus de promouvoir la liberté et la responsabilité individuelles, son regroupement prône un État aminci et des marchés concurrentiels. «Personne n’a demandé à engloutir des sommes astronomiques dans des programmes sociaux universels, murs à murs, qui ne produisent que des files d’attente, martelait Joanne Marcotte dans son discours inaugural du RLQ le 23 octobre dernier. Personne de sensé ne peut comprendre pourquoi, aujourd’hui, l’État québécois est si interventionniste et si subventionnaire.» 

Parcours de combattante

Quand Joanne Marcotte revient sur les moments marquants de sa vie – faite de batailles –, difficile de comprendre aux premiers abords ses convictions politiques. «Je suis orpheline depuis l’âge de cinq ans. J’ai fait le tour de plusieurs pensionnats.»  À 22 ans, elle donne naissance à sa première et unique fille. Elle travaille alors comme secrétaire administrative. «J’étais monoparentale et je voulais ce qu’il y avait de mieux pour ma fille. Mais être secrétaire n’apportait pas une qualité de vie exemplaire», relate la nouvelle politicienne. Déterminée, elle retourne aux études grâce à des bourses d’études. Une coopérative d’habitation lui sert de toit. Malgré les difficultés financières, elle obtient son baccalauréat en génie informatique à l’Université Laval à 32 ans. Aujourd’hui, en plus de diriger le RLQ, elle travaille pour le cabinet de services financiers Investia et poursuit une maîtrise en affaires publiques, toujours à Québec.

Sa volonté de joindre le débat politique prend naissance dans ses moments les plus difficiles, quand elle obtient l’aide du gouvernement. Selon elle, l’État doit être là pour les plus démunis. «Mais il doit servir de tremplin et non de béquille. On associe souvent la droite à un manque de générosité et à un manque de compassion. Je crois plutôt que l’État devrait donner  à ceux qui ont un besoin temporaire et non à ceux qui peuvent être autonomes financièrement, comme les personnes avec une famille prête à les aider.»

À 55 ans, la cofondatrice du RLQ ressent le besoin de témoigner de plusieurs années de recherches personnelles, amorcées en 2002. «Depuis mon enfance, je suis une vraie mordue de lecture et j’ai décidé de lire tout ce qui existait sur le Québec.» Sa conclusion: les partis politiques prônent tous la même ligne de pensée, pour le même modèle d’un seul et unique Québec. D’où l’importance selon elle de revenir à un clivage gauche/droite.

Joanne Marcotte tente une première incursion en politique en 2003 en devenant la conseillère de Mario Dumont, ancien chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ). Elle démissionnera de son poste six mois plus tard. «L’ironie avec les partis politiques, c’est que tu n’es pas libre de dire ce que tu veux. Et, moi, je suis incapable de retenir ma langue, dit-elle en riant à gorge déployée. C’est une des raisons pour lesquelles je ne serai jamais, jamais, chef d’un parti.»  

Derrière la caméra

En 2006, Joanne Marcotte se fait cinéaste. Elle réalise L’Illusion tranquille, un documentaire politique où plusieurs professeurs et économistes se prononcent sur les causes des malaises sociaux et financiers du Québec. Réalisé sans aucune aide financière, le film a été présenté dans plusieurs salles, notamment aux cinémas Beaubien et du Parc. «Je me suis souvent faufilée dans les salles, incognito, pour observer la réaction des spectateurs, indique Joanne Marcotte. Les gens riaient, acquiesçaient. C’est une satisfaction pour tout réalisateur de voir le public apprécier son travail.» 

Dans son documentaire, la réalisatrice interroge aussi de jeunes étudiants, inquiets de l’avenir de la province et de leur héritage. Et sur la question de la hausse des frais de scolarité, elle se fait tranchante et directe: «Cette tarification est inévitable, car le gouvernement est à bout de souffle.» Joanne Marcotte invite les étudiants à se pencher davantage sur les causes structurelles de l’endettement public au lieu de «traîner dans les rues». «Ils n’ont pas l’appui de l’opinion publique. C’est triste, mais c’est comme ça.»

Quand on lui parle d’avenir, Joanne Marcotte s’accoude à la table, les mains sur ses joues, et regarde droit devant. Elle espère ne pas perdre sa capacité de toujours tout questionner. Chose certaine, cependant, tant qu’elle sera à la tête du RLQ, il ne sera jamais un parti politique. «On refuse d’être considéré comme tel. Notre objectif est de pousser tous les partis déjà existants vers la droite afin d’arriver à une seule et unique vision du Québec.»

4 réflexions sur “Sans parti pris, de Ewan Sauves

  1. Comment ça: « Jamais chef d’un parti »? Le chemin naturel est de passer de la contestation d’un système à la direction du changement.

  2. Le Québec a besoin de se relever et de retrouver sa fierté… Y a t’il une personne au Québec avec un esprit avant guardiste prêt à dire la vérité brutale et prendre des décisions claires pour guider les citoyens afin qu’ils se responsabilisent et arrêtent l’hémoragie financière du Québec en s’impliquant pour être plus créatifs et plus productifs pour se sortir de sa torpeur…Y en a t’il un ou une? « Ask not what your province can do for you… http://www.youtube.com/watch?v=VB6hLg3PRbY

  3. Je vous ai entendu à la radio au FMI 93 ce soir et vous êtes mon coup de cœur. C’est la première fois depuis longtemps que j’ai le sentiment que quelqu’un dit tout haut ce que la majorité pense tout bas. Bravo et continuer. Je suis persuadé que vous êtes la voix de beaucoup de québécois silencieux…

    Frédéric de Québec

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