Radicalisme et extrémisme politique

Voici un 2e article de 3 que La Presse m’a demandé de rédiger dans cette campagne électorale. À ceux qui apprécient, s’il vous plaît, partagez-le en grand nombre, particulièrement à vos jeunes.

Cela m’a pris un bon 3 jours à tout parcourir: le programme de QS, son Plan Climat, ses communiqués de presse jusqu’à ce jour, et les articles des médias traditionnels qui suivent le parti.

Honnêtement, je « filais pas bien » après avoir tenté de résumer tout ça en 800 mots. Alors accrochez votre tuque. Ça vaut la peine de connaître ce que vous propose Québec solidaire, mais surtout de bien saisir la philosophie politique qui les motive.

Voici le lien vers l’article de La Presse: Radicalisme et extrémisme politique

Merci de partager et ne vous gênez pas pour transmettre vos commentaires à Debats@lapresse.ca

Analyse ou coup de poignard?

Dans sa chronique de ce matin, Mario Dumont avoue qu’il « n’espère plus grand-chose » pour ce qui est de réformer le système de santé. Tout en reconnaissant que le Parti conservateur d’Éric Duhaime préconise des solutions pour sortir ce système du cul-de-sac, Dumont s’attaque à son ancien allié et précieux collaborateur de campagne électorale en discréditant tout le parti! Rien de moins!

Pourquoi? Parce que pour lui, Éric Duhaime courtise trop à son goût les « antimasques » et les « antivaccins ». Parce que pour lui, les conséquences d’avoir un malaise avec la vaccination débouche sur un discours qui ramènerait la rougeole, la polio…

Really, Mario? Tu crois vraiment ça?

N’as-tu pas conscience de ce que tu sèmes? Es-tu devenu à ce point un générateur de peurs et de fausses méfiances? Est-ce que c’est tout ce que tu as retenu de la pandémie? Comment il était facile d’insécuriser à outrance, sinon de terroriser une population vulnérable? Où étaient les graphiques dans ton émission qui présentaient les véritables risques d’hospitalisation et de décès? Qui auraient pu relativiser quelque peu ce qui se passait? Comment as-tu pu encourager démesurément et avec autant de partisanerie des mesures qui sacrifiaient injustement nos plus jeunes générations et un état d’urgence qui s’éternise outre mesure?

Tu as failli à ton rôle, Mario. La censure, la stigmatisation, l’encouragement à la délation, la division, la souffrance qu’ont vécues de nombreux citoyens confus et propriétaires de commerce frustrés : voilà ce que constitue peut-être une partie de la base actuelle du Parti conservateur du Québec. Mais sois rassuré, ce que j’y ai vu, ce sont des hommes et des femmes, pères et mères de famille, chefs d’entreprises, travailleurs autonomes qui ont été éprouvés durement par la dominance d’un gouvernement qui ne comprenait pas lui-même ce qui se passait.

Pour le lecteur inhabituel à ce blogue, voici la vérité. Une très forte majorité des partisans du PCQ sont vaccinés. Une très forte majorité ne sont ni antivaccins ni antimasques. Ils ont peut-être un problème avec l’autorité sanitaire gouvernementale, mais ils veulent tout simplement des indications claires que les politiques sanitaires de François Legault sont appuyées et justifiées. En somme, ils veulent comprendre.

Éric Duhaime lui-même vacciné, recommandait aux gens inquiets face à un vaccin de consulter leur médecin. Oui. La technologie ARN messager était nouvelle. Certains la craignaient. La solution était de les informer de cette nouvelle percée technologique et non de les imposer davantage ou de les exclure de la vie citoyenne avec un passeport sanitaire aujourd’hui dénoncé partout sur la planète. Quelle stupidité!

Néanmoins, je t’accorde que les mesures sanitaires étaient justifiées jusqu’à ce que le vaccin soit rendu disponible et distribué. Mais les sirènes policières dans les rues de Montréal? Les alertes Amber la veille du Jour de l’An? D’avoir à choisir quel enfant on allait inviter à Noël? D’interdire aux jeunes le sport et de les confiner à ce point? Ce que ça révèle? Un gouvernement qui n’a pas de jugement. Point.

Tes anciennes plateformes adéquistes électorales misaient sur plusieurs injustices face aux plus jeunes générations? T’as perdu ça, quand, au juste, ce souci d’équité intergénérationnelle? T’imagines ce qu’on a créé chez les jeunes? Les poupons qui ne voyaient aucun visage pendant deux ans? Les jeunes à qui on disait qu’ils risquaient de « tuer leurs grands-parents » et pour lesquels on avait dessiné des ronds dans les cours d’école ? Les collégiens et universitaires qui se sont désintéressés à poursuivre leurs études devant un écran?

Et puis, Dumont en rajoute. Il y a dans les candidats du PCQ un médecin qui est très attaché au Canada (et à sa monarchie constitutionnelle) et qui a un profond malaise avec l’avortement. Et puis alors? Il y avait bien des candidats dans l’équipe de Harper qui l’étaient tout autant, non? Le Harper que tu appuyais, non? Le Harper qui avait déclaré que pour aucune considération, il y aurait un projet de loi qui remettrait en cause le droit des femmes de choisir ce qui est bon pour elles? On l’a cru, lui. Pourquoi on ne croirait pas Duhaime? En plus que cette question relève du fédéral! C’est quoi ça? Complètement fou de ramener ça. Pas pertinent.

Le gars qui a surfé sur les accommodements raisonnables en 2007 s’estime donc qualifié pour assassiner un parti, son chef et ses candidats.

Mario Dumont est devenu une figure d’autorité dans le monde des médias montréalais. Son émission à LCN a probablement été celle qui a le plus soutenu les mesures sanitaires de François Legault.

Mais ce matin, dans les journaux de Québecor, la performance des 4 dernières années du gouvernement de François Legault est jugée assez sévèrement. La gestion du réseau de la santé? Seulement 29% des Québécois en sont satisfaits. La rénovation des écoles? 31%. Le délai d’attente dans les urgences? 19%.

Je continue. La diminution de l’attente en CPE? 23%. En somme, il n’y a aucun enjeu qui atteint une note de passage de 60%. Et vous savez ce qui manque dans ce tableau? La satisfaction des jeunes qui n’ont pas encore le droit de voter. Ah… s’ils le pouvaient…

Grossièrement, les citoyens sont insatisfaits. Curieusement, 42% des électeurs sondés accordent leur confiance à ce même François Legault et ce 42% risque de lui accorder au-delà de 100 sièges sur 125 à l’Assemblée nationale!

Alors, je ne comprends pas cet assassinat en règle d’un parti qui est le seul à suggérer ce qui a été mis de l’avant par l’ADQ de 2007. Non. Vraiment. Après tout, quand on y pense comme il faut, le PCQ ne recommande qu’une mise à niveau du système de santé de la même façon que l’ont fait les pays scandinaves, la Suisse, l’Allemagne.

Pourquoi les Québécois ne mériteraient pas ça? Pourquoi, au-delà d’un délai raisonnable, le gouvernement ne paierait pas une chirurgie dans le privé, pour un patient qui attend au-delà du médicalement décent?

La santé. Presque 50% du budget des dépenses de programmes du gouvernement! De nos taxes, de nos impôts, des taxes sur la masse salariale de nos entreprises déjà en peine de compétitionner avec leur propre gouvernement…

Peut-être que les grands influenceurs médiatiques en ont soupé des lettres de haine et de mépris qu’ils reçoivent de la frange des « fêlés ». Ça se comprendrait. Ça doit être difficile de ne pas saisir l’occasion de se défouler de temps à autre et de ne pas vouloir se venger par un excès de langage. Mais rassurons-nous, je suis personnellement convaincue que ce type de personnage qui réagit sous le couvert de l’anonymat est loin d’être significatif et peut-être même insignifiant.

Bref, conclure que tout un parti, ses membres, ses candidats se disqualifient parce qu’on croit qu’ils en viendraient à favoriser le retour de la polio? La rougeole?

C’est trop. Ça ne passe juste pas.

Alors, pour conclure, peut-être, Mario, que le Québec ne sortira pas de son modèle hyper-ankylosé. Qu’il n’y a pas d’espoir pour une véritable refondation de nos modèles de gouvernance hyper-centralisés et nos politiques publiques. Il m’arrive souvent de le croire.

Mais une campagne électorale, c’est fait pour brasser les idées. Ça arrive une fois aux 4 ans. Fort probable que la CAQ sera élue. Mais tu veux vraiment un Parlement où on s’enfonce encore davantage? Où les probabilités de réformer quoique ce soit soient absolument nulles?

Alors un peu plus de respect pour les valeureux combattants et les candidats qui ont le cran et le courage de croire qu’il y a peut-être de l’espoir. Tu as déjà eu beaucoup de respect pour les gens qui affichaient leur tête sur un poteau pour toi.

Ils existent encore, tous partis confondus.

L’épreuve d’une campagne électorale

La campagne électorale est commencée. And they’re off!!!

Plus besoin d’une date officielle de départ. Si la CAQ peut faire des annonces et inonder les ondes et Internet de publicités, alors pourquoi les autres partis ne pourraient pas en faire autant? Pas tout à fait éthique et équitable selon le Directeur des élections car les dépenses en pré-campagne ne sont pas comptabilisées, mais on imagine et espère qu’il arrivera avec une proposition pour la prochaine fois.

Pour l’heure, des vidéos d’appréciation de François Legault pleuvent, le PLQ et le PCQ dévoilent leurs slogans et leurs plateformes électorales. Quant au PQ et à QS, on ne sait pas trop mais ils font sûrement de gros efforts pour recruter tous leurs candidats et mettre en branle leur stratégie de campagne.

Mais ce matin, je pense aux nouveaux venus en politique, tous partis confondus. Et je me souviens trop bien des moments de satisfaction mais aussi des grandes désillusions que j’avais éprouvées en cours de route. Un manège, quoi! Excitant par moments, mais désillusionnant parfois. Déjà, de nombreux nouveaux candidats, pleins d’espoirs et le coeur sur la main, doivent commencer à comprendre qu’une campagne électorale n’a presque rien à voir avec un débat d’idées. Laissez-moi, bien humblement, partager ma perception de ce manège. Il faudra être courageux et même quelque peu aventurier.

En somme, il y a des phases dans cette aventure. Pour garder sa santé mentale, il peut être bien de les reconnaître comme telles, mais surtout de ne pas croire qu’ils ont énormément d’influence sur le résultat de l’élection, rassurez-vous.

  • La phase « bilan du gouvernement » – ce qui est réglé puisqu’on semble prendre pour acquis que personne n’aurait pu faire mieux que François Legault. On ne doit donc pas s’attendre à quelques chose de rigoureux. Et en passant, pour l’avoir parcouru, ce qu’on appelle le Polimètre n’est pas, à mon sens, quelque chose à partir duquel on peut émettre une note au gouvernement. Quand presque 50% du budget public (en santé) échoue, on devrait pouvoir pondérer la note finale et en ce sens, on arriverait à un échec plutôt qu’un pot de fleurs.
  • La phase « tentatives de salissage des candidats » et des chefs – Des retraits de candidatures ou démissions sont vus comme des succès par l’équipe de salissage. Cette phase prend souvent racine sur les réseaux sociaux et repose parfois sur des propos anodins dont on a volontairement tordu le sens. En cette période de politiquement correct, de censure même, cela devient de plus en plus difficile. À la fin de la journée, certains médias partisans récupèreront la chose ou les médias traditionnels en feront un petit texte. Peut être associé à:
  • La phase « détournement des discours » et « procès d’intentions malveillantes » – très présent sur les réseaux sociaux également et même chez les chroniqueurs partisans. Les équipes qui ont des rapprochements avec les médias réussissent mieux. L’idée est de discréditer le chef de l’équipe adverse par association. Ces deux étapes peuvent être importantes. Les adversaires tenteront de définir l’autre. On n’hésitera pas à faire des comparatifs avec les moeurs américaines, des leaders américains méprisables, à faire peur, ou à ridiculiser. Le piège ici c’est que l’arroseur est souvent arrosé par la suite. Quand l’équipe et les « bad cops » sortent leurs griffes, c’est pas toujours beau à voir.
  • La phase des promesses électorales – Dans ce cas-ci, le PLQ, le PQ et la CAQ ont un bagage historique alors que le PCQ n’en a pas. On verra ici ce qui guide les partis, leurs valeurs. On pourra voir à quel point ils sont clientélistes, opportunistes, démagogues. Les citoyens sont invités à se reconnaître dans un discours ou dans un autre.
  • La phase du « cadre budgétaire ou financier » qui sera jugé comme terriblement important et sur lequel repose la crédibilité d’un parti, nous dira-t-on. Toutefois, le lendemain du dépôt, personne ne le lira et il n’y aura que très très peu de couverture sur le sujet. Précédant cette phase, on harcèlera les chefs des questions comme: « Oui, mais où vous allez couper? », « Quels services vous allez couper? », « Quand allez-vous déposer votre cadre financier? » etc. Phase négligeable. Aucun impact sur le vote, à mon avis.
  • La phase d’analyse comparative des équipes de candidats. Combien y a-t-il de femmes candidates, d’autochtones, de diplômés? Cette phase est déjà commencée. Je ne crois pas qu’elle a une quelconque influence sur le vote non plus.
  • La phase « débats des chefs » – j’y reviens plus loin.

Pendant ce temps, il y a la tournée des chefs et de leurs équipes de campagne avec les médias à bord de l’autobus. On tentera de faire déraper les chefs et lorsque ça arrivera, ce sera un gain pour l’adversaire en plus de créer des remous chez les partisans. Et oui, il y aura dérapages. Tous les chefs vont à un moment donné ou à un autre, dire quelque chose qui sera jugé comme inacceptable. Puis, à la fin de la journée, le chef qui fait la une des journaux ou qui « ouvre les nouvelles » dira qu’il aura « gagné la journée ». Bête de même. Tout de même extrêmement exigeant pour les chefs. Il faut être extraordinairement habile: avoir une aptitude dans les « punch-line », se distinguer de façon importante des adversaires politiques et donner du gaz à ses associations de comté pour le très important « travail de terrain » (pointage et sortie du vote).

Idéalement, il y aura des tables de débats dans les émissions d’affaires publiques. Quelques représentants de partis seront peut-être appelés à représenter leur parti.

On verra également la vraie couleur de certains de nos analystes et chroniqueurs. Il vient un temps où c’est difficile de cacher ses allégeances. Ça se voit, ça s’entend et c’est OK. Oui. C’est OK. Il y a des médias qui ont des positionnements très clairs, des penchants idéologiques certains, des préférences en matière de politique publique. Le problème, s’il y a problème, n’est pas là.

Le problème réside toujours dans le manque d’équilibre dans la couverture des différents courants politiques. Là-dessus, l’honnêteté oblige de reconnaître qu’il y a vraiment déséquilibre au Québec mais il faut vivre avec et focuser sur l’important: la rencontre des électeurs.

Puis, à quelques jours du vote, si on est chanceux, il y aura de beaux tableaux comparatifs pour comparer l’offre politique des différents partis, ainsi que le résultat des derniers sondages.

En somme, la question de l’urne est la suivante: « En qui faites-vous confiance pour VOUS représenter à l’Assemblée nationale? » Petite note éditoriale ici: À mon avis, un gouvernement provincial, ici au Québec, n’est pas élu pour changer l’ordre du monde et résoudre tous les problèmes de la planète. Il est là pour gérer les masses d’argent que vous lui confiez, pour représenter VOS priorités, VOS préoccupations et idéalement, pour créer des environnements sociaux et économiques qui permettent d’élever le niveau de vie des citoyens. Et puis, question secondaire qui se produit parfois, que préférez-vous? Un gouvernement majoritaire tout-puissant ou un gouvernement minoritaire qui offrirait des débats et des alternatives au statu quo?

Je prétends qu’il y a une seule phase déterminante dans tous ce processus, et ce sont les débats des chefs. La plupart des citoyens s’accrochent à une campagne électorale lors des débats des chefs. Nous ne sommes pas tous des « junkies » de la politique. Et c’est là qu’un chef ou un parti est authentiquement présenté aux électeurs. C’est là aussi que ça peut jouer dur dans l’après-débat. Si vous ne connaissez pas la notion de « spin doctor » ou de « spin médiatique », c’est ici qu’il y a feu d’artifice. La une des journaux reflètera qui aura gagné le débat ou s’il s’agissait d’un match nul.

Après avoir dit tout ça, on peut être désillusionné et vouloir baisser les bras. Il ne faut pas. À la fin, ce qui compte, mais ce qui compte vraiment, c’est d’avoir le sentiment de participer à une démocratie souvent fragile, d’avoir contribué à véhiculer des idées plus prometteuses pour soi-même et pour autrui. C’est déjà énorme!!!

Bonne route à tous les nouveaux venus en politique active!

Message à 52% de ma cohorte

Le dernier sondage Léger portant sur les intentions de vote au Québec m’a jetée par terre. On y apprend que 52% des gens de 55 ans et plus voteraient CAQ. Plus encore, les publicités de la CAQ m’ont encore plus ébranlée. Je parle des députés de la CAQ (qu’on a jamais vus par ailleurs, depuis 2018!) qui présentent le premier ministre comme s’il était le sauveur de la nation, et je parle des dames de ma génération qui s’apitoient sur le sort du premier Ministre François Legault. « Qui aurait fait mieux?, C’était difficile pour lui, Il faut le comprendre, Bravo Monsieur Legault, etc. »

J’ai beau essayer de mettre ça de côté, ça continue de m’horripiler au plus haut point. Quelle espèce de firme de marketing ou de communication, et quelle espèce de manque de jugement de la part de l’équipe caquiste! Mais que croyez-vous donc? Et que voulez-vous encourager exactement?

Vous voulez vraiment qu’on félicite François Legault? Que l’on s’apitoie sur sa santé mentale plutôt que sur ceux et celles qui l’ont véritablement pas eu facile pendant les deux dernières années? Perdu leur entreprise dans certains cas, même? Que l’on oublie la gouvernance autoritaire, à coups de décrets, et d’état d’urgence, comme si nous ne pouvions pas réfléchir par nous-mêmes? Que l’on oublie nos proches qui ont été ni plus ni moins incarcérés dans des milieux franchement insalubres au point où on a dû recourir à l’Armée canadienne?

Peut-on oublier ce qu’on a fait subir à des jeunes générations qui, somme toute, n’avaient que d’infimes risques d’hospitalisations et à peu près aucun risque d’en décéder? Les pédiatres avaient beau sonner l’alerte, rien n’y fît. Aujourd’hui, les conséquences d’une telle insensibilité ne font que commencer à nous sauter en pleine face.

Peut-on constater à quel point ce gouvernement continue de diviser les Québécois? Encore et toujours sur la langue, sur l’immigration, sur les cégeps anglophones, sur la vaccination.

Et puis, comment François Legault perçoit-il notre génération exactement pour autoriser de telles publicités? Comme une génération qui se soucie davantage de la santé mentale de son premier Ministre, ou comme une génération qui a à coeur de donner au suivant?

Ma génération, celle des boomers a été gâtée pourrie par l’État québécois. À travers les années, la génération qui nous a précédée et les plus vieux d’entre nous ont construit tout un appareillage d’État pour préserver notre identité culturelle, pour assurer notre essor économique, et pour construire des programmes de solidarité sociale.

Je suis une boomer. J’ai été de celles qui en a profité. Si j’avais fait carrière dans la fonction publique, je serais parmi les rares qui ont encore accès à un régime de retraite à prestations déterminées… un luxe. Heureusement pour moi, je n’avais pas le caractère pour faire carrière dans la fonction publique. J’y ai goûté quelques années et mettons que c’était trop lourd. Trop lent. Trop drabe.

Mais j’ai bénéficié de bourses généreuses pour un retour aux études, j’ai habité dans une coopérative d’habitation pendant mes études (quel beau programme!), j’ai bénéficié des nouvelles garderies dont le coût dépendait de mon revenu. La première année, je payais $3 par jour (c’était en 1980); la deuxième $7 par jour. Je m’en souviens encore. Je trouvais ça juste de payer en fonction de mes revenus. L’État, le gouvernement, a donc été pour moi un levier… temporaire… comme ça doit être. Pas une béquille à vie.

Aujourd’hui, je m’épanouis, oui, en grande partie, parce que cette solidarité sociale a élevé ma condition. Et je suis reconnaissante de ça. Mais cet État s’est empoisonné, s’est sur-réglementé. Il étouffe maintenant les initiatives. Les conditions de travail de « nos » employés sont désespérantes. Ils partent, avant le temps. Le choc démographique n’aide pas. « Où sont les travailleurs? » entend-on? Ben, les travailleurs sont à la retraite et le gouvernement nous dit qu’on ne doit pas augmenter les seuils d’immigration. Vous croyez ça, vous? Moi non. Je n’ai pas peur de l’immigration, ni des gens dont la langue maternelle est l’anglais, ni du bilinguisme, ni des investissements privés provenant d’ailleurs. Je ne tiens pas au Panier bleu ni à subventionner des entreprises qui seront achetées à faible prix par d’autres groupes.

Oui, je suis une boomer. Mais avant toute chose, je suis une mère et une grand-mère. Je suis aussi une militante. Je ne sais pas pourquoi mais c’est comme ça. Denis et moi avons fait le documentaire politique L’Illusion tranquille. J’ai écrit un essai sur le gouverne-maman qu’est devenu notre gouvernement. J’ai milité à l’ADQ et contribué à sa plateforme électorale. Quelles folies! Ça vous donne une idée de ce que je suis: un peu folle, mais certainement pas opportuniste.

Ce dont j’ai peur? J’ai peur de ce qu’on a créé. En fait, je m’en désole.

Ce régime a « crashé », comme quand il y a un « crash » à la Bourse. S’il y en a qui ne l’avaient pas réalisé avant, la pandémie a levé le voile et ça fait mal… Il faut revoir tout ça et nous donner une chance de regarder ce qui se fait de mieux ailleurs. Il faut se refaire confiance, ressaisir nos libertés et nos responsabilités et exiger QUE ÇA MARCHE! Nos jeunes méritent ça.

Revenons à ma cohorte. Le gouvernement actuel a obtenu une majorité à l’élection de 2018 avec 37,4% des électeurs. Pourquoi et en quoi 52% des gens de ma génération voteraient CAQ, dites-moi? Je ne comprends pas. N’êtes-vous pas préoccupés du fait qu’il y a des gens qui meurent en attendant l’ambulance, des urgences d’hôpitaux qui ferment, des retards dans les apprentissages d’élèves, du déficit des infrastructures scolaires? Êtes-vous ben sûrs que ce que ça prend pour les aînés, ce sont des nouvelles bâtisses plutôt que de l’assistance humaine?

Je ne le pense pas et je suis certaine que plusieurs de ma génération ne le pensent pas non plus. Je pense que ma génération voit plus clair que l’image projetée dans les pubs du premier Ministre.

La prochaine élection sera l’occasion d’avoir du sang neuf au Parlement. Je comprends pourquoi les jeunes sont attirés vers Québec solidaire. Ils comprendront plus tard en quoi leur vision est absolument utopiste mais tout de même, on a tous été jeunes. Leur premier chèque de paie et les coûts qu’engendreront le virage vert allumeront bien une lumière rouge à un moment donné.

Mais que ma génération, celle qui a voté PQ et PLQ toute leur vie, vote CAQ? Qu’ils continuent d’encourager un étatisme aussi contrôlant? Aussi inefficace? Aussi coûteux? Non. Et puis, les libéraux et les adéquistes à la CAQ: franchement, que faites-vous là, exactement? Trouvez-moi une once de philosophie libérale ou adéquiste chez François Legault et ses commandants? C’est beau le pouvoir, mais est-ce que les idées, ça ne compte plus pour vous? Finalement, la politique se résume-t-elle à de l’opportunisme et au goût du pouvoir? Un pouvoir pour continuer de se noyer dans ce qui ne marche plus?

OK. Je m’arrête ici. Ça m’a fait du bien.

Bonne campagne électorale et donnons-nous espoir que le Québec pourra greffer au Parlement un contingent de gens qui brasseront la cage et qui pourront forcer le gouvernement élu de réfléchir en dehors de la boîte et des vieilles rengaines dépassées. On en a franchement assez!


Ce matin, je suis passée à l’émission de Maurais Live sur les ondes de CHOI RadioX pour donner mon opinion sur la plateforme électorale du Parti conservateur du Québec. Pour les intéressés, voici le lien. Vous pourrez trouver le message à ma génération à partir de 11:30.