L’État islamique, l’apocalypse et les écritures

ISISApocalypseIl est presqu’impossible pour un esprit de culture occidentale de concevoir ce qui peut justifier l’intensité de la violence exercée par l’État islamique et d’en comprendre les motivations. C’est pourtant ce qu’essaie de nous faire saisir William McCants dans son ouvrage intitulé The ISIS Apocalypse: The History, Strategy, and Doomsday Vision of the Islamic State.

D’où origine ISIS? En quoi cette créature se distingue de son organisation parente, l’aile irakienne de al-Qaeda menée par le dénommé Al-Zarkawi (tué en 2006)? Quelle importance revête le symbolisme affiché sur le drapeau de l’ÉI? Comment le passage des Américains et le printemps arabe ont fécondé la montée et l’expansion de l’organisation? En quoi et comment la détestation des chiites du chef de l’aile irakienne d’Al-Qaeda Zarkawi et la croyance obsessionnelle des leaders de l’ÉI dans l’arrivée imminente du Mahdi (sauveur des Musulmans) et de l’Apocalypse, ont teinté les stratégies du groupe?

Voilà autant de questions auxquelles répond l’auteur en plus de relever deux aspects importants du phénomène: d’abord, les facteurs qui peuvent malheureusement expliquer son succès jusqu’à présent puis, le lien indélébile entre l’idéologie de l’ÉI et les écritures islamiques (le Coran oui, mais également des collections de propos attribués au prophète Mahomet qu’on désigne sous le nom de ahadith ou hadith). 

Ce qui explique le succès de l’État islamique

Pour l’auteur McCants, puisque « les prophéties exigent la conquête de tous les pays sur la terre », le slogan ou la devise de l’État islamique sont clairs: Endure and Expand (Persister et s’étendre). La méthode pour y arriver comporte trois ingrédients: 1) la construction immédiate de l’État islamique; 2) la notion que la dernière bataille de la fin des temps est imminente (l’Apocalypse) et 3) l’extrême brutalité pour arriver à ses fins.

Contrairement aux dirigeants d’al-Qaeda (dont Osama bin Laden et son second, al-Zawahiri) qui voulaient obtenir un appui populaire d’un grand nombre de musulmans avant d’annoncer le « califat islamique », les leaders de l’État islamique (dont Abou Bakr al-Baghdadi depuis 2010), ne sont distraits ni par cette idée de conquérir les coeurs et les esprits des peuples musulmans, ni par le renversement des gouvernements locaux. Affairés à construire l’État islamique, et à le construire maintenant, les djihadistes de l’ÉI profitent du chaos des guerres civiles pour envahir, posséder, contrôler des territoires abandonnés à eux-mêmes ou isolés des grands centres où la sécurité est encore présente.

Leurs arguments de vente: un « pitch » apocalyptique qui attire des combattants qui veulent participer au combat final et être du bon côté de l’histoire, ainsi qu’une extrême brutalité qui attire les plus radicaux qui sauront tuer leurs adversaires (des leaders de tribus qui contestent leur présence, par exemple) et instaurer par la force un régime « pratiquement identique au Wahhabisme, courant ultraconservateur de l’islam que l’on retrouve en Arabie saoudite ».

En imposant dans les régions sous le contrôle de l’État islamique, la forme la plus sévère des hudud (punitions décrites dans les écritures islamiques: la mort, la flagellation, la lapidation, l’amputation de membres, etc.), l’auteur s’interroge cependant: une population qui est violentée à ce point peut-elle réussir à renverser des dirigeants de l’État islamique? Sa réponse n’est pas très encourageante. Bien qu’il veuille le croire possible, il lui semble bien difficile qu’une population puisse expulser de tels extrémistes armés jusqu’aux dents sans une quelconque aide de l’extérieur.

Sa crainte? Qu’au contraire, d’autres groupes de djihadistes (satellites de al-Qaeda par exemple) adoptent la formule de l’État islamique, ayant conclu au succès de l’approche brutale ultra-conservatrice. Malheureusement, selon l’auteur qui rappelle au passage des épisodes de l’histoire humaine, « violence works ».

Le lien avec les écritures

Dans un sondage mené par Pew Research, « la moitié des arabes sondés en 2012 croyaient que le Mahdi, le sauveur des musulmans, allait apparaître de leur vivant », rappelle McCants. Le chaos qui a suivi l’invasion américaine en Irak a fait resurgir l’appétit pour une explication apocalyptique, telle que prévue dans les écritures. La renaissance d’un califat islamique et d’un nouvel empire seraient donc imminents. Selon certains, la ville où auront lieu les derniers combats est même désignée: la ville syrienne Dabiq (du même nom que le magazine de propagande de l’État islamique).

Alors qu’en Occident, on peine à nommer l’État islamique et qu’on se refuse à établir un lien entre une organisation aussi brutale et l’islam, les soldats de l’ÉI se rassemblent par milliers avec la conviction qu’ils participent à une bataille de la fin des temps. Comment affirmer après ça, que l’État islamique n’a rien à voir avec l’islam?

Enfin, selon McCants, l’État islamique est fondé à partir d’une prémisse sectaire: les chiites sont une menace à la communauté sunnite (les factions musulmanes doivent se faire la guerre entre elles avant l’arrivée du Mahdi). Réunissant les éléments d’une politique identitaire sectaire, d’une idéologie ultra-conservatrice et d’une approche brutale de gouvernance, l’ÉI a réussi pour l’instant à « persévérer » et continue à « s’étendre ». La suite appartient à l’histoire qui s’écrit sous nos yeux.

Vous pouvez également écouter ma chronique au FM93,3 sur le sujet.

8 réflexions sur “L’État islamique, l’apocalypse et les écritures

  1. Excellent article et ça fait peur tout cela car on fait face à l’irrationnel de la part de ses soldats qui sont des fous de Dieu. L’Occident doit nommer les choses et faire les bons choix pour combattre le mal absolu. Il faut aussi sur notre territoire faire preuve de rigueur et de courage pour gérer la sélection des immigrants et la gestion de la sécurité et il faut surveiller tous les groupes radicaux islamiques ce que je crains que l’on néglige sous la gouverne de Justin Trudeau qui a fréquenté certaines mosquées et groupes radicaux pour gagner des votes.

  2. Oui effectivement ça fait peur; et c’est pas peu dire !!!! La seule solution au problème est d’interdire toute immigration provenant de ces pays musulmans !!! Faut arrêter l’hémorragie pendant qu’il est encore temps. Cette religion est nocive pour tout humain et le sera tant que ces fous de D’Allah participeront à une bataille de la fin des temps!!! Mais M. Trudeau ne comprendra jamais ça; alors on est condamné !!!

  3. Bon texte qui fait peur… Dernièrement j’entendais dire que l’État Islamique perd présentement du terrain en Irak. La situation au Moyen-Orient donne beaucoup à penser. En voulant aider ces pays régis par des dictateurs sanguinaires ou une religion Moyen-âgeuse, l’Occident se met dans la merde. Saddam Hussein était peut-être un despote, mais il contrôlait ses fous et il gardait ses problèmes chez-lui; la même chose avec Khadafi en Libye…Devrions-nous laisser ces pays à eux-mêmes et nous mêler seulement de nos affaires??…De toute façon, nous sommes amis avec l’Arabie Saoudite, un pays qui se fout éperdument des droits de la personne. Les Nations Unies ont nommé ce pays en charge des droits humains!!!. Quelle bande de tarés payés à haut salaire et ne payant pas d’impôts.

    Ça peut sembler égoiste, mais je crois sincèrement que nous devrions refuser toute immigration provenant de ces pays musulmans…Je sais que J. Trudeau et notre PM au sourire niais nous disent qu’il ne faut pas faire des amalgames, mais pouirquoi prendre la chance?? Quant à nos politiciens, leur responsabilité première n’est-elle pas de protéger leur propre peuple avant de protéger les peuples des autres pays??? Que dire de ces femmes à Cologne et d’autres villes en Allemagne et en Autriche qui se sont fait agresser sexuellement par certains réfugiés le 31 décembre. Mme Merkel, qui se pavanait comme une dame au grand coeur en 2015, devrait maintenant avoir honte d’avoir ouvert les vannes aux réfugiés. Elle est responsable de l’agression de ces femmes…. DÉGUEULASSE !!!!!!!

  4. Pingback: Chronique: L’État islamique et l’Apocalypse |

  5. Outre le fait que tout cela est terrifiant, je suis écoeurée par le fait que ces malades utilisent le langage qui appartenait traditionnellement au vocabulaire chrétien. L’Apocalype est, dans la Bible, un texte d’espérance et non une histoire de peur à prendre de manière fondamentaliste. C’est un style littéraire particulier mais le fond du texte est un message d’espérance et de joie. Le mot martyr également a été confisqué par ces débiles. Un martyr pour l’islam n’a rien à voir avec un martyr chrétien. Le premier tue pour son dieu (quelle horreur) et le second meurt par témoignage d’amour (martyr veut dire « témoin »). Non parce qu’il souhaite mourir ou qu’il soit masochiste mais parce qu’il est prêt à aller jusque-là – dans une réponse non violente de sa part – pour rendre témoignage de l’Amour qui l’habite.

  6. Pas beaucoup de commentaires pour un sujet si important !!! Nos amis blogueurs ont -ils peur de s’exprimer ?? Le terrorisme fait-il déjà son oeuvre dans nos libre -pensées ??? Je suppose que si on pouvait associer la plus infime partie de cette merde à PKP, vous auriez 100 commentaires de certaines gens à la pensée unique !!!!

  7. On a pas besoin de chercher des prétextes pour attaquer PKP, il peut nous en fournir lui-même. Et puis « merde » il n’est même pas islamiste.

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