Mais c’est le modèle, bordel!

Certains se souviendront du slogan qu’avait pondu le stratège politique James Carville de Bill Clinton en 1992, soit « It’s the economy, stupid ». Il avait remporté, contre George H.W. Bush, à l’époque.

Avec tout ce qu’on entend en campagne électorale et le débat autour de la gestion de l’offre entre les Américains, Canadiens et Québécois, la phrase qui me vient est : « Mais c’est le modèle, bordel! ».

On paie plus cher le lait parce que la super-puissante UPA est bien confortablement dans les coulisses (et même dans les locaux) du pouvoir et que la Régie des marchés agricoles du Québec a décidé d’un prix minimum pour le lait qui est 54% plus élevé que celui de l’Ontario? Mais bien sûr! Parce que c’est ça, notre modèle!

Tsé, le « projet de société » dont vous parlent les gens qui aiment bien les « projets de société », les « choix de société », les « programmes de société ». Et bien, on l’a, non? On le vit, non? Notre « projet de société ».

Il est tout simple, notre projet de société… et on l’aime. Et il s’articule bien simplement. Au Québec, on fait vivre le monde. On fait vivre des industries. Des régions. Des clientèles. Des familles. You name it. On est là pour servir.

La facture? On la paie et on est contents de la payer. On paie plus cher le lait parce qu’on ne veut pas transformer l’industrie laitière comme l’ont fait nos voisins du sud. On aime bien ça, vous voyez, les fermes familiales et on croit qu’il est sage qu’un peuple s’auto-suffise en alimentation.

On paie plus cher le vin parce qu’on a réussi à convaincre tout le monde que le personnel de la SAQ était constitué de supra-professionnels syndiqués qui méritent des salaires qui frôlent l’indécence lorsqu’on les compare à leurs concurrents et parce qu’on a opté pour un monopole étatique qui verse les dividendes dans le pot commun québécois.

Que dire de l’arnaque entourant l’obligation des cours de conduite et l’obtention des permis de conduire au Québec. Une industrie est née avec ça. Carrément! Une industrie qui n’existait pas. Pouf! On passe une loi et bang, on fait vivre encore du monde.

N’oublions pas les programmes « verts » (qui n’ont rien donné en passant) et de développement de l’éolien. Coût : 1,5 milliards $ alors que l’Hydro nage dans les surplus. Pourquoi? Pour se donner bonne conscience et faire vivre du monde en région. Dit-on…

Et l’industrie de la construction! N’avons-nous pas remarqué combien il en coûte toujours plus cher construire au Québec? Pourquoi? Pour des lobbies qui sont de sacré-bons vendeurs… et pour faire vivre plus aisément du monde, à l’abri de la concurrence. Ah oui! Et pour faire vivre certaines industries en région. Et certaines familles bien bien proches du pouvoir. La cimenterie en Gaspésie, ça vous dit quelque chose?

Ah oui! Le pétrole. Damné pétrole! Les taxes sur le pétrole. Et les taxes sur les taxes, bien sûr. Et on n’a même pas encore parlé de la prochaine taxe sur le carbone qu’imposera Justin Trudeau.

Je suis certaine que ceux qui lisent ce blogue ont tout plein d’idées de trucs que le citoyen québécois paie plus cher pour faire vivre notre fameux « projet de société ». Un projet de société qui fait vivre des régions, des industries, des gens, mais qui semble incapable de livrer des services essentiels en santé, éducation et des infrastructures durables.

Alors quand je lis que certains réclament un « projet de société », j’ai le goût de leur dire ceci : « Mais, on l’a ce projet! ». Et ma foi, il est solide! Il marche!

Et vous savez quoi? C’est ce que nous voulons. Parce qu’en plus de faire vivre des régions, des industries et des lobbies, il est très fort en redistribution de la richesse. Tellement fort qu’on en est à prôner des programmes pour préparer des lunchs aux enfants. Non mais… c’est-y pas beau ça?

Le chroniqueur François Cardinal de la Presse rapportait ce qui suit :

On l’a vu dans le sondage IPSOS-La Presse du mois de mai dernier, qui évoquait le ras-le-bol des Québécois en cette ère de populisme ambiant. Les répondants se montraient satisfaits de leur situation personnelle, de leur vie familiale, sociale, professionnelle. Mais ils n’en attribuaient aucun mérite à l’État, au point où 76 % d’entre eux réclamaient carrément une diminution du rôle du gouvernement dans leur vie au profit de libertés individuelles plus grandes. Vous avez bien lu : 76 %.

Allez, le monde. Dites merci. Parce que vous savez quoi ? Ce chiffre de 76%, je n’y crois pas. Écoutez la classe politique. Elle est bel et bien le reflet des gens qui votent. Des gens qui votent, je dis bien…

P.S. Article très pertinent: https://www.journaldemontreal.com/2018/09/02/les-quebecois-restent-les-plus-imposes 

17 réflexions sur “Mais c’est le modèle, bordel!

  1. Petite coquille au début de votre texte, Bill Clinton a battu George H.W Bush et non W Bush.

    Ce à quoi on assiste présentement est complètement surréel : tous les partis politiques en pleine période d’élections viennent faire front commun pour défendre une cause corporatiste. On le répète, TOUS les partis. On parle de quoi? De la gestion de l’offre. Cette gestion qui peut avoir de bons côtés à court terme pour les producteurs, mais qui coûtent aussi cher à la population, en particulier aux familles à faibles revenus. Même QS, avec des comtés on-ne-peut-plus-urbains abandonne la défense des pauvres familles prolétaires pour venir appuyer le PQ, PLQ et la CAQ dans la gestion de l’offre. Donc, pour eux, c’est normal que le fromage, le lait, le yogourt représentent une aussi grande importance dans un panier d’épicerie équilibré? Ces pauvres qu’ils défendent, ils en mangent des produits laitiers ou préfèrent acheter du Coke et du chocolat vu qu’ils sont moins chers? La santé des gens avec faibles revenus est importantes? You bet.

    Comment est-ce que vous voulez que la population ne soit pas cynique? On voit bien le lobby laitier un peu partout : avec le PM, avec l’opposition, au congrès du Parti Conservateur, à l’élection d’Andrew Scheer… Alors qu’on entend des voix un peu partout remettre en cause, voir carrément vouloir abolir la gestion de l’offre, aucun parti ne propose même de la modifier un chouia? On se scandalisait il y a une quinzaine d’années de voir le PQ coucher avec les syndicats, mais là, c’est une vraie maison close avec une matrone Lobby Laitier qu’on a devant nous.

    Mon côté cynique me dit que ce n’est pas vrai qu’il y a une aussi belle unité à défendre la gestion de l’offre. Il me dit qu’on attend probablement que Trudeau abandonne celle-ci dans les négociations avec les USA. On pourrait ainsi se dire « ah, mais ce n’est pas nous, c’est Trudeau et Trump » et les plus nationalistes de nos politiciens nous diront alors « Trudeau a préféré l’industrie automobile de l’Ontario aux produits laitiers québécois ». Ah le gredin! Trudeau va être forcé de choisir très bientôt alors que nos politiciens peuvent nous montrer leur manque de courage une fois de plus et oublier une partie importante de la population qui n’en a rien à battre de subventionner 106 000 emplois à coup d’épiceries hebdomadaires boostées. Je déteste dire ça, mais si vous êtes un Québécois qui ne voulez plus de la gestion de l’offre, priez pour Trump. Faut le faire! Pourtant, ce serait si bien d’avoir notre mot à dire prochainement…

  2. Ça explique en partie pourquoi tant de gens ne votent plus! Tous les partis, pour être élu, offrent de nouveaux programmes, c’est ça la game. D’élection en élection, ces nouveaux programmes deviennent des acquis. Dans moins de 5 ou 6 élections, les gens seront pris en charge par l’État de leurs naissances jusqu’à leurs morts. Comment apprendre à devenir un adulte responsable dans cette situation? Il sera de plus en plus difficile sinon suicidaire d’essayer de couper des programmes alors ils promettront encore plus jusqu’à la faillite totale du système. Les gens encore capable de se responsabilisé iront vivre ailleurs pour ne pas avoir à payer pour cette faillite prévue.

  3. La classe politique est le reflet des gens qui votent.

    Ceux qui crient à la catastrophe mais ne réussissent pas à convaincre plus de gens de voter contre le modèle devraient remettre leur approche en question. Les animateurs et chroniqueurs de droite ont radicalise leur discours.

    Trop c’est comme pas assez. En 2014 c’était le Québec dans l’rouge et le mur.. avec raison.

    En 2018 l’économie du Québec, sous Leitao, a repris de la vigueur.. Le Canada et le Québec sont toujours en tête de peloton parmi les pays les plus égalitaires de la planète.

    Non ce n’est pas parfait. Les solutions apportées, ou bien par le PLQ ou bien par la CAQ, en vue de résoudre les problèmes en éducation et en santé sont déterminées en fonction du modèle auquel ceux qui votent demeurent attachés. Les partis sont interchangeables.

    Chacun son modèle.. Il y aura toujours matière à amélioration. mais l’indice du bonheur au Québec demeure toujours très élevé!

    La plus grande menace qui plane sur notre petit confort en ce moment provient de notre puissant voisin dont le pouvoir est entre les mains d’un narcissique pathologique.

    Et là, le réveil risque d’être brutal pour les Québécois qui n’auront jamais appris a cultiver l’esprit de sacrifice.

  4. « Selon un sondage Ipsos Reid, 76% des Québécois pensent que « Le Québec doit diminuer le rôle du gouvernement dans nos vies et faire plus de place aux libertés individuelles ».
    C’est l’article 1 du Parti conservateur du Québec. Adrien Pouliot.

    • Le problème avec ce 76% là c’est que très peu d’entre eux seraient capables d’identifier ne serait-ce qu’un seul endroit où l’État devrait couper. Ils disent « oui » dans les sondages mais ils disparaissent mystérieusement lorsque le temps vient de prendre les vraies décisions.

      Le gouvernement Libéral n’a fait que de diminuer l’augmentation démentielle des dépenses de l’État et il s’est fait dénoncer et accuser (à tort selon moi) par tous ou presque « d’austérité » pendant presque 4 ans. Même la CAQ de Legault est entrée dans ce jeu stupide où la partisannerie l’emportait sur les principes. C’est dire…

      Imaginez maintenant si un gouvernement québécois décidait de vraiment couper dans les dépenses et non seulement d’en contrôler l’augmentation. Ce serait 4 ans de pagaille et d’affolement créé par tous les adversaires politiques du parti qui aurait eu ce courage et vous pouvez être certains que les grosses centrales syndicales mèneraient la parade.

      Je crois personnellement que seuls nos créanciers seront capables de nous ouvrir les yeux. Comme en Grèce. Mais on est loin de là. Malheureusement pour nous et surtout pour nos descendants…

  5. Quand un type laisse un salaire annuel de plus d’un million sur la table pour aller en politique on peut le soupçonner de partir en mission. Qui dit missionnaire dit idéologue.
    Le Journal de Montréal nous apprend que Christian Dubé est contre l’exploitation du pétrole . .Donc c’est un enverdeur de plus

  6. Et Francois Legault est pour la bourse du carbone! Il a dit qu’il travaillerait main dans la main avec Justin Trudeau dans ce dossier-là.. Il cède à la pression médiatique qui attend la position des partis sur l’environnement.. Qui plus est, dans le dossier de l’immigration, on le voit venir avec ses gros sabots.. il va jouer la carte identitaire. pour gagner les votes des citoyens de la région de Québec.. Comment la CAQ peut-elle incarner le changement?? Le PLQ a fait la sale job de « l’austérité » et la CAQ pourra surfer sur le bilan positif du PLQ et dans 4 ans, il est à parier que le Québec retournera dans l’rouge.. Le nationalisme, la laicité, les valeurs québécoises… les Québécois sont bien dans leurs vieilles chaussettes..

  7. Aucun des quatre clowns qui monopolisent les médias ne m’inspire. Si la tendance se maintient je vais me faire un grand plaisir et voter conservateur. Vivement Adrien Pouliot.

  8. François Legault est un leurre.. En début de campagne on pouvait se dire « et si c’était vrai ce vent de changement?’ Même les anglos de Westmount auraient bien voulu y croire.

    Eh! bien non.. on se rend compte que le péquiste en Legault est toujours bien vivant..

    La cœur du problème c’est de ne pas assumer que nous faisons partie de la fédération canadienne. L’image de François Legault, le fédéraliste ‘converti’, qui refuse d’entonner l’hymne national devant un groupe d’élèves.. . vaut mille mots.

    Il n’y a que le PLQ qui assume le fédéralisme canadien. c’est ainsi que seul le PLQ au pouvoir représente pour les investisseurs la stabilité ‘politique’.

    La seule façon de se libérer des Libéraux ce serait l’arrivée dans le paysage politique d’un deuxième parti fédéraliste ‘assumé’.. Adrien Pouliot, s’il défendait une droite plus modérée, pourrait combler ce vide.. mais il se colle trop à la droite alternative.

    Avec Legault on vote pour le nationalisme économique, pour le renforcement de la loi 101, pour une montée de l’intolérance envers immigrants..

    On dirait que les Québécois tendent vers la mortification.. L’économie roule bien en ce moment au Québec avec le PLQ..

    Changer pour changer sans toucher à notre confort?? Qui risque tout, perd tout!

  9. Un petit ajout! A se rappeler: François Legault c’est le gars qui a quitté le PQ pour fonder son propre parti en fusionnant l’ADQ.. ce montréaliste dans l’âme avait rétrogradé Gérard Deltell ce qui avait provoqué le départ de ce dernier.

    La CAQ ce n’est pas l’ADQ mais à Québec il semblerait qu’on veuille y croire comme on a voulu croire au retour des Nordiques!

    François Legault ce n’est pas Mario Dumont.

    • François Legault n’est pas à droite d’accord avec vous mais par contre, il est le plus lucide des 4 chefs des grands partis, je lui ai donné mon vote cette année comme en 2014 car il est le seul qui peut amener plusieurs réformes. votre PLQ madame Beaulieu, est le parti des coupures dans les services au lieu des structures et organismes et surtout c’est le parti des communautés culturelles et des anglophones et non le parti des francophones, de plus il traîne tout plein de scandales et à nommer des libéraux à la tête de la machine étatique.

      On est du pour repenser une partie de notre modèle québécois qui fait de plus en plus dur, écoles et hôpitaux insalubres mais on va garder ce qui marche et le Québec n’est pas les États-Unis, il y a moyen de réformer l’agriculture sans jeter les petites fermes. Je ne suis pas certain que les États-Unis soient un modèle en la matière avec du lait de moins bonne qualité car produit par de grandes multinationales.

      Le fédéralisme et le souverainisme ne fait plus rêver grand monde, on veut juste deux bons gouvernements et surtout ce préparer pour donner plus de pouvoirs à de véritables Cités-États, nos municipalités qui devraient détenir de plus en plus de pouvoir après qu’on aura réduit la taille des gouvernement provincial et fédéral. Je viens justement de faire une réplique à un texte de Richard Le HIr sur vigile qui dit au gens de voter PQ en disant que c’est le seul choix et qui défend un État tout puissant du Québec, je lui ai répondu qu’il nous disait hors du PQ point de salut !

  10. Monsieur Michaud,

    Le PLQ a fait des coupures dans les structures, c’était justement l’objectif des CIUSS. Tous les cadres ont perdu leur emploi et ont du ré appliquer sur de nouveaux. On parle pour certains CIUSS de 150 à 200 cadres de moins. Il y a des limites à croire qu’on peut toujours couper dans les structures sans couper dans les services et il faudrait que les Québécois acceptent que l’état se retire de certains services ou bien d’y faire entrer une tarification suplémentaire (ou le privé!). Présentement, nous avons un état qui désire être partout, mais qui offre un service minimal un peu partout.

    Vous parlez d’éducation? Pour la plupart des partis, l’éducation s’arrête au secondaire, ca en dit loin sur l’importance de l’enjeu. On est bandé sur l’intelligence artificielle à Montréal et sur Joshua Bengio, mais on accorde zéro importance aux universités et à la recherche de pointe. L’important, ce sont les lunchs à l’école de nos petit bout de chous…

    Le problème avec la CAQ, c’est que c’est un parti sans direction. Ils veulent aller où? Ils ne sont au niveau économique ni de droite, ni de gauche. Ils sont le parti de « ca dépend ». Ca dépend de quoi? D’où pousse le vent. À la limite, le PLQ, le PQ et QS sont prévisibles, pas la CAQ. En plus, le parti des « francophones » ou tout simplement des pure laines… c’est aussi ça le problème. Ca ne marche pas à Montréal où tout le monde d’un tant soit peu éduqué est bilingue ou trilingue et où on retrouve des couples mixtes un peu partout. On s’en fout pas mal de voir une fille avec un voile travailler dans un CPE.

    Tous les partis nomment des gens de leur gang à la tête des organismes étatiques. Le PQ a été au pouvoir que 18 mois, mais a réussi à foutre la merde en mettant un ami d’enfance du ministre à la tête de la SQ en se mettant à dos à peu prêt tout le monde. Ce serait étonnant que la CAQ laisse tout le monde en place, espérant ne pas se rendre aussi loin que le PQ.

    La CAQ est une coalition principalement d’ex péquistes moins chums avec les syndicats. On verra ce que ca peut donner, mais je ne suis pas convaincu que du BS corporatif aux amis des chambres de commerce et aux agriculteurs soit tellement mieux que de coucher avec les syndicats.

  11. Ah j’oubliais, la CAQ s’engage à créer un CIUSSS pour le Centre du Québec (qui est présentement couvert par le CIUSSS Mauricie-et-du-Centre-du-Québec). On propose rien de moins qu’une défusion et de créer de nouveaux postes de cadres. Bravo pour les coupures dans la structure. Tout ca, pour plaire à certains élus locaux amis du parti. La politique autrement vous croyez?

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